Lyon : “Die Fledermaus“

, par  François JESTIN , popularité : 8%

Titre parfait pour célébrer les fêtes de fin d’année, cette Chauve-souris lyonnaise met un certain temps à communiquer la joie et la bonne humeur au public.

On reste en effet plutôt dubitatif à l’issue du 1er acte, devant la production de Peter Langdal, en provenance de l’Opéra Royal du Danemark. Le rideau s’ouvre sur un bel appartement, aménagé avec un très bon goût scandinave (scénographie de Mia Stensgaard), mais le jeu rigolard des acteurs ne fait pouffer la salle que très mollement, et il y a de quoi s’abstenir.

« Die Fledermaus »
© Bertrand Stofleth

Alfred est une caricature de ténor italien, tellement excessivement ridicule qu’elle en devient insupportable, Adèle amène du PQ à Rosalinde dans les toilettes, d’où l’on entendra plus tard des bruits de chasse d’eau… L’acte II chez le Prince Orlofsky démarre bien mieux, avec un tour par les cuisines, et le formidable numéro du comédien Timo Dierkes en chef cuisinier, qui gesticule et fait le clown en s’exprimant dans un improbable sabir. Ce comédien allume – finalement dans cette soirée – l’étincelle de la vis comica ; il reviendra à l’acte III, dans le rôle du gardien Frosch, faire la comédie avec un balai, puis un porte-manteau. Mais après les cuisines du II, place aux spacieuses toilettes, avec alignement de pissotières au fond, et défilé incessant de messieurs ainsi que deux pingouins, avant de retrouver le salon du Prince, ou plutôt sa piscine sur la surface de laquelle se met en place un ballet festif et réussi ; les couples de danseurs sont renforcés par quelques animaux (pingouins, poissons). L’acte III de la prison, dans un décor de classique commissariat, maintiendra l’humour à un agréable niveau.
La direction d’Emmanuel Krivine est très respectueuse de la partition, voire trop scrupuleusement respectueuse. Le champagne ne semble pas couler à grands flots dans la battue du chef, aucun ralenti surprenant, ni tourbillon véritablement explosif. Dietrich Henschel (Eisenstein) possède un somptueux timbre de baryton, mais son aigu se rétrécit affreusement, jusqu’à manquer de s’étrangler, tandis que le ténor Bernhard Berchtold (Alfred) est un peu tendu, et Stephanie Houtzeel peu marquante en Orlofsky. Heureusement, Nicola Beller Carbone (Rosalinde) et Olga Peretyatko (Adele) ont tous les atouts pour elles : elles sont très belles, font preuve d’une admirable musicalité et expressivité, et délivrent les dialogues parlés dans un parfait allemand, teinté d’un charmant accent slave pour la soprano coloratura Peretyatko.

François Jestin

Johann Strauss : DIE FLEDERMAUS : le 19 décembre 2008 à l’Opéra de Lyon

Voir en ligne : Opéra de Lyon

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