Lyon : “Emilie“

, par  François JESTIN , popularité : 14%

La Finlande prend ses quartiers lyonnais pour la création mondiale d’Emilie, troisième opéra composé par Kaija Saariaho, et distribué à une unique interprète sur scène, la soprano Karita Mattila.

Pari difficile, mais pari gagné : une salle comble, et le public, resté presque parfaitement silencieux pendant une heure et 20 minutes, qui s’exprime par de chaleureux bravos au final. Il faut dire que l’Opéra de Lyon a bien fait les choses, d’abord en confiant la baguette à son chef permanent, Kazushi Ono. Habitué de ce répertoire (on se souvient de sa présence au pupitre pour la création de Julie, composé par Boesmans), le chef japonais est constamment attentif, précis, vivant.

« Émilie »
© JP Maurin

La musique de Kaija Saariaho est variée à l’extrême et pleine de contrastes dans l’orchestration, on “zappe“ ainsi très vite d’une phrase musicale à l’autre. On note quand même une constante : un clavecin souvent lancinant et inquiétant. Les pupitres les plus nombreux sont les cordes et les percussions, très sollicitées. Les décors de François Séguin se résument principalement en une majestueuse machine à 7 “jambes“ articulées, qui décrivent des cercles concentriques autour du bureau de la mathématicienne. Cette ingénieuse machinerie astronomique, avec ses petites planètes aux extrémités, emplit le plateau et devient presque un personnage à force de mouvement. Le spectateur peut d’ailleurs accéder à l’illusion d’un petit tournis à force de fixer des yeux le centre des lentes rotations. Les éclairages efficaces de David Finn varient les couleurs, et produisent de beaux effets, comme l’alignement des planètes, ou encore un ciel étoilé en fond de décors.

Le rôle est éprouvant pour la soprano, avec certains passages très tendus dans l’aigu, mais Mattila s’y engage complètement, en devenant volcanique dans sa projection pour les moments les plus dramatiques. L’intrigue n’est pas des plus réjouissantes : Emilie du Châtelet, célèbre mathématicienne et physicienne du XVIIIème siècle – amante entre autres de Voltaire – déroule un monologue, son bébé dans le ventre. Elle décèdera d’ailleurs quelques jours après la naissance de celui-ci. Le jeu de la soprano, réglé par François Girard, est assez théâtral et occupe l’espace du plateau. On peut formuler quand même quelques réserves sur le texte écrit par Amin Maalouf en français (qui comprend aussi de petits passages en anglais, puis italien), souvent emphatique, et qui donne l’impression d’un statisme sans progression. La soprano soigne au mieux la diction, ce qui n’exclut pas quelques curieuses sonorités, plusieurs mots étant prononcés de façon animale. Grandes embrassades sur scène au rideau final entre les trois triomphateurs : compositrice, chanteuse et chef.

François Jestin

Saariaho : EMILIE : le 1er mars 2010 à l’Opéra de Lyon

Voir en ligne : Opéra de Lyon

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