Lyon : “La Veuve Joyeuse“

, par  Jacques SCHMITT , popularité : 9%

Quand un plateau s’offre une Missia Palmieri de la classe de Véronique Gens, “La Veuve Joyeuse“ prend une dimension autrement plus noble que celle qu’on prête si souvent à cette œuvre et plus généralement à l’opérette.

Avec une telle personnalité, la metteure en scène Masha Makeïeff n’a d’autre ressource que de traiter le livret avec finesse et poésie. Ce qu’elle fait avec talent tout en restant dans l’humour et la nonchalance de la société parisienne de 1900. Certes, l’intrigue à-la-Feydeau demeure élémentaire, piquante et parfois un peu grosse, mais Masha Makeïeff ne tombe jamais dans la facilité du déjà-vu des mises en scènes dévergondées de l’opérette de Franz Lehar. Tout au plus pourra-t-on lui reprocher l’ajout de quelques personnages aussi fades que superflus dans une intrigue qui n’en a guère besoin. Pourquoi cet inutile chien savant, sinon détourner l’attention du spectateur alors que Véronique Gens et Ivan Ludlow s’envolent dans leur superbe Heure exquise ? On l’aura compris, la reine de la soirée est l’admirable Véronique Gens. « Sa » veuve plus enjouée et désinvolte que joyeuse en impose. La formidable présence de la soprano française la place au centre de tout le dispositif scénique. Comme si le plateau se déplaçait autour d’elle, et comme si l’intrigue devenait secondaire, voire gênante, les scènes qui la construisent se déroulent dans un angle de la scène, en catimini, pour laisser toute la scène ouverte, offerte à la diva. Parce que Véronique Gens est la diva. Non pas la cantatrice capricieuse qu’on caricature, mais la femme magnifique qui s’offre au milieu d’une scène peuplée de multiples personnages s’évanouissant face à son insolente élégance et à sa désarmante aristocratie naturelles. Véronique Gens règne. C’est un ravissement de l’entendre chanter. Si elle ne faisait que chanter, sa voix si amplement colorée habiterait l’entier du spectacle et si elle ne faisait que de traverser la scène, sa seule démarche rendrait jalouses toutes les femmes. Mais lorsqu’elle offre les deux, alors…

La Veuve Joyeuse

Dans un très beau décor art déco, la Belle Epoque s’effiloche dans la dépense et le superflu. Le baron Popoff (excellent François Le Roux qu’on aurait aimé entendre chanter plus !) s’inquiète des finances de sa Marsovie, sans trop se préoccuper des infidélités amoureuses de sa femme Nadia (pétillante Magali Léger qu’on aurait voulu avec un peu plus d’une voix qu’elle a pourtant fort belle). Comme il faut absolument conserver le magot de la veuve (Véronique Gens) dans les finances du pays faute de banqueroute, le baron Popoff charge son plus séduisant sujet, le Prince Danilo (le baryton Ivan Ludlow à la puissante voix de bronze parfois malheureusement un peu dure) d’œuvrer afin de parvenir à ses fins. L’histoire du couple veut que la veuve Missia et le Prince Danilo se soient aimés dans leur jeunesse. La déception des amoureux abandonnés les a séparés, mais le souvenir de leur attirance passée les pousse irrésistiblement l’un vers l’autre. Tout est bien qui finit bien, les vieux amants s’épouseront et l’argent restera en Marsovie. Aux côtés des personnages principaux, les autres protagonistes s’intègrent avec allant dans cette histoire bien racontée. On aurait apprécié que la grâce de Véronique Gens visite aussi le chef Gérard Korsten et l’Ensemble Orchestre de l’Opéra de Lyon, mais la légèreté viennoise ne s’invente pas d’un coup de baguette magique. Mais ce n’est pas l’inégale prestation d’un orchestre parfois trop appuyé qui a empêché les spectateurs de réserver un triomphe à cette production. Représentation du 15 déc. 2006.

Jacques Schmitt

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