Lyon : “Tristan und Isolde“

, par  François JESTIN , popularité : 26%

Fin de saison époustouflante à l’Opéra National de Lyon : un Tristan et Isolde splendide, qui peut sans problèmes souffrir la comparaison avec les meilleures productions des plus grandes scènes internationales.

Il faut d’abord mentionner la direction musicale particulièrement brillante de Kirill Petrenko, sous la baguette duquel l’orchestre semble absolument transcendé. Jamais mis en défaut techniquement, les musiciens sont suprêmement concentrés, s’attachant à faire ressortir certains détails de la partition, aussi bien que les beautés d’ensemble. Petrenko fait les bons choix de nuances, varie les effets de volume, de rythme, et quelques mesures – qui lui sont apparemment très chères – sont littéralement enivrantes… et tout ceci en veillant à ne pas couvrir les voix.

« Tristan und Isolde » Acte II – Isolde (Ann Petersen) et Tristan (Clifton Forbis)
© Stofleth

Sur le plateau, le Tristan de Clifton Forbis est plutôt inégal : ténor à l’accent barytonnal, le timbre est confus et engorgé au démarrage, mais il a l’avantage de pouvoir délivrer de véritables aigus de Heldentenor, ce qui lui permet d’affronter vaillamment le grand duo du 2ème acte. Il est complètement en situation au III, où son timbre peu séduisant dans le medium s’accorde bien au Tristan qui se meurt. L’Isolde d’Ann Petersen est une merveilleuse révélation, très investie scéniquement, parfois incandescente, grandiose vocalement... et on y détecte même des petits airs de Waltraud Meier dans le bas medium ! A ses côtés, Stella Grigorian est une Brangäne de petit format, qui chante honnêtement sa partition, mais plutôt prosaïquement sur certains passages, et dans un allemand souvent moyen. La très belle basse profonde Christof Fischesser (le Roi Marke) et le Kurwenal, bien timbré mais plutôt musclé et sans trop de recherche de raffinements de Jochen Schmeckenbecher complètent la distribution des rôles principaux.

La nouvelle production signée d’Alex Ollè et La Fura dels Baus peut être jugée sage, voire timide lorsqu’on a en tête certaines de leurs précédentes réalisations. Ceci n’est cependant pas un reproche, les gadgets sont évacués et la mise en scène se concentre – avec bonheur – sur le jeu des acteurs. Au 1er acte, la mer et ses vagues sont projetées sur un cyclorama, une imposante sphère descendue des cintres figure la lune, et le « clou technique » se résume à la rotation à 180° d’un praticable, qui mord au passage sur la fosse d’orchestre. L’acte II nous propose une sorte de « face cachée de la lune » : l’intérieur de la demi-sphère, château du roi Marke bardé d’escaliers, sur lequel sont projetées différentes séquences vidéo (nuages, ondes, arbres, feu, …), réalisées par Franc Aleu. Retour à la partie convexe de la demi-sphère au dernier acte, descendue cette fois sur le sol, comme pour écraser le destin des deux héros. Non dénuée d’audace ou d’originalité (l’extinction des feux au II se fait en débranchant une prise électrique), cette illustration visuelle a le grand mérite de la clarté et se met au service de l’œuvre, tout en évitant l’envahissement par les animations vidéo.

François Jestin

Wagner : TRISTAN UND ISOLDE : le 4 juin 2011 à l’Opéra de Lyon

Voir en ligne : Opéra de Lyon

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