Madrid : “Rigoletto“ & récital Florez

, par  François JESTIN , popularité : 19%

Pendant 3 semaines en juin, Rigoletto était à l’affiche de la capitale espagnole, avec une forte alternance des protagonistes (quatre barytons étaient, par exemple, programmés dans le rôle-titre, dont Leo Nucci un soir).

La représentation du 6 juin propose ainsi Roberto Frontali dans l’incarnation du bouffon, sonore mais pas toujours très juste dans l’aigu. A ses côtés figure Patrizia Ciofi (Gilda), toujours émouvante en scène, en particulier dans son final lorsque les deux dernières syllabes sont dites dans un souffle. Grâce à son métier et à sa musicalité infaillible, la soprano italienne parvient à maîtriser les difficultés que lui posent aujourd’hui les suraigus de la partition ; dès son duo avec le Duc, elle ne pique pas les notes, mais les lie, et parvient ainsi à sortir les aigus, dans le mouvement. Au 2ème acte, l’aigu final du duo avec Rigoletto se fait entendre toutefois très timidement.

« Rigoletto »
© Javier del Real

Le ténor espagnol José Bros (Duc de Mantoue) est quant à lui solide et même brillant par moments. Très convaincants également la basse très sombre de Marco Spotti (Sparafucile) et la mezzo de luxe Nino Surguladze (Maddalena), tandis que les autres comprimari ne se situent pas au même niveau, sous la direction musicale de Roberto Abbado, excellente dans les variations des volumes. La production de Monique Wagemakers resserre l’action à l’intérieur ou sur la surface d’un praticable rectangulaire ; les costumes sont riches et les lumières particulièrement réussies.

Juan Diego Florez
© Javier del Real

Le lendemain se produit en récital le ténor péruvien – désormais vedette – Juan Diego Florez. Accompagné au piano par Vincenzo Scalera, le programme est d’une extrême difficulté, avec des airs où Florez peut nous rappeler que sa virtuosité est sans égale à l’heure actuelle (Cenerentola, Zelmira), et d’autres où les limites de sa voix de ténor léger paraissent évidentes (comme dans l’extrait de Guillaume Tell). La soirée est agrémentée d’une série inouïe de rappels successifs (Barbiere di Siviglia, Fille du Régiment, Elisir d’Amore, Lucrezia Borgia). Au final, un public en délire – plusieurs standing ovations, avec quelques spectateurs qui crient littéralement et lèvent les bras au ciel – qui contraste de manière spectaculaire avec le calme olympien que conserve l’artiste.

François Jestin

Verdi : RIGOLETTO le 6 juin 2009 au Teatro Real de Madrid
Récital Juan Diego Florez le 7 juin 2009 au Teatro Real de Madrid

Voir en ligne : Teatro Real, Madrid

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