Marseille : “Attila“

, par  François JESTIN , popularité : 15%

L’Opéra de Marseille propose chaque saison une œuvre en version « mise en espace », et le choix s’est porté cette année sur le rare Attila de Verdi.

Créé en 1846 à la Fenice de Venise, Attila est d’abord un opéra pour les voix, dont la structure et l’enchaînement des morceaux peuvent rappeler le Nabucco de 1842. Dans ces deux œuvres des premières années de composition, Verdi a prévu un rôle de soprano dramatique, malheureusement très au-dessus des capacités actuelles de Sylvie Valayre (Odabella). Ce dimanche après-midi à Marseille, celle-ci se fera même timidement huer au rideau final par le public plutôt âgé, … mais connaisseur ! L’emploi est vocalement meurtrier avec ses écarts vertigineux, et la chanteuse est rapidement dans le rouge : montées et descentes savonnées, justesse qui part en vrille, souffle court, etc. Passé le 1er acte, elle décide assez intelligemment de diminuer drastiquement son volume pour limiter les dégâts. C’est le seul gros point faible de la représentation.

« Attila » avec Askar Abdrazakov
© Christian Dresse

A ses côtés, la basse Askar Abdrazakov dans le rôle-titre – appelé en remplacement de Giacomo Prestia prévu initialement – remplit son office. Le timbre de basse profonde sonne très russe, et donne par moments une couleur exotique au texte italien. Le son, souvent caverneux, n’est pas des plus clairs, avec quelques passages engorgés, et par ailleurs le chanteur peine parfois à suivre la pulsation verdienne. Vittorio Vitelli (Ezio) est quasiment impeccable en baryton-Verdi : superbement timbré et expressif dans sa langue maternelle, il déploie un volume impressionnant, mais en forçant un peu ses moyens, et à la limite de l’incident sur un passage. Le ténor Giuseppe Gipali est quant à lui souverain dans le rôle de Foresto : timbre clair, aigu aisé, phrasé très soigné, c’est un bonheur qu’il soit resté fidèle à la scène phocéenne. Une mention également pour la courte, mais belle intervention d’Eric Martin-Bonnet en Pape Léon 1er.
La direction musicale est confiée à Giuliano Carella, qui y investit beaucoup d’énergie et obtient un résultat très satisfaisant, dans une partition qui n’est pas forcément facile à mettre en place, en particulier du point de vue du rythme. Le chœur n’est pas toujours très homogène, surtout pour les choristes masculins, même si ceux-ci produisent de louables efforts dans les nuances de diminuendi et pour l’accent italien. Et comme chaque année, la formule de mise en espace – signée ici par Yves Coudray, et sous les éclairages réglés par Philippe Grosperrin – continue de séduire le public, les artistes ayant la possibilité de se concentrer davantage sur le chant.

François Jestin

Verdi : ATTILA : le 4 mai 2010 à l’Opéra de Marseille

Voir en ligne : Opéra de Marseille

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