Marseille : “Il Barbiere di Siviglia“

, par  François JESTIN , popularité : 11%

C’est la jeunesse qui caractérise d’abord l’équipe de chanteurs réunis pour ce spectacle de fin d’année : le Barbier rossinien, dans la mise en scène de Jérôme Savary.

La découverte – toujours excitante – de nouveaux artistes, n’aura pas ce soir amené de véritable révélation, même si de beaux talents sont à mentionner. La curiosité des amateurs était a priori aiguisée par la présence du ténor Dmitry Korchak (Conte d’Almaviva), d’autant que celui-ci avait déclaré dans la presse spécialisée que le redoutable air « Cessa di più resistere » serait au programme. Hélas point d’air au final, ce morceau de bravoure semblant encore lui résister… Programmé depuis deux saisons au Rossini Opera Festival de Pesaro, on attendait sans doute mieux du ténor russe : les moyens sont présents, avec une voix bien assise dans le medium et l’aigu, des variations possibles entre forte et piani, et une agréable agilité, qui trouve cependant ses limites. Remarquées déjà l’été dernier à Pesaro dans la Gazza ladra, de curieuses pertes de musicalité entachent d’une justesse approximative quelques rares notes.

Il Barbiere di Siviglia
Avec Ketevan Kemoklidze (Rosina) et Etienne Dupuis (Figaro) © Christian Dresse

Le Figaro du baryton canadien Etienne Dupuis est très musical et clair. Si les aigus sont superbement projetés, le medium et le grave manquent un peu d’épaisseur, ce qui se ressent au niveau de la caractérisation du personnage. La mezzo-soprano géorgienne Ketevan Kemoklidze (Rosina) évolue quant à elle parfaitement dans son personnage espiègle et charmeur, avec un visage qui rappelle beaucoup celui de la jeune Leontina Vaduva. Toutes les notes sont présentes, avec de sonores aigus, la vocalisation est bien menée, et elle peut encore gagner en assurance dans le style rossinien. Christophe Fel (Bartolo) est très drôle en scène, et correct vocalement, même s’il paraît manquer parfois de souplesse dans la voix. La basse russe Dmitry Ulyanov (Basilio) doit davantage développer son italianità ; il est à plein volume sur le « colpo di cannone », mais s’assourdit dès que le rythme s’accélère.
A signaler encore le très bon Fiorello d’Olivier Heyte, et le plaisir de retrouver Michèle Lagrange distribuée en Berta, qui passe une bonne partie de la représentation à astiquer avec son plumeau son bon Dottore Bartolo.
La production de Jérôme Savary, bien connue pour avoir tourné depuis des années dans plusieurs villes, est de facture classique, et presque trop sage (comme le finale de l’acte 1) lorsqu’on a en mémoire d’autres réalisations de sa signature. Le dispositif principal repose sur la demeure de Bartolo qui s’ouvre comme une maison de poupée, et l’humour est toujours présent, sans gags pesants. La direction musicale de Paolo Olmi est en général rapide, pour un résultat satisfaisant, même si les instrumentistes ne semblent pas attacher une importance superlative à la précision du rythme et à la variété des nuances.

François Jestin

Rossini : IL BARBIERE DI SIVIGLIA : le 2 janvier 2008 à l’Opéra de Marseille

Brèves Toutes les brèves