Marseille : Miraculeuse Violetta !

, par  François JESTIN , popularité : 14%

C’est dans la mise en scène de Jean-Claude Auvray, qui a déjà tourné depuis quelques années dans plusieurs villes de France, qu’est donnée cette Traviata marseillaise.

Pas vraiment de décors, sinon trois panneaux, dans un ton bleu électrique ou gris suivant les éclairages, qui délimitent une grande salle intérieure. Pas vraiment d’audace ou d’originalité non plus dans le traitement du metteur en scène, mis à part la chute du rideau rouge un peu avant la fin de chaque acte, pour permettre à Violetta de terminer en avant-scène ; le procédé a cependant déjà été vu maintes fois, et sa répétition systématique peut enlever l’effet de surprise. On craint alors fortement d’assister à une représentation un peu routinière, d’autant que le jeu des comédiens n’est pas très riche : chœurs extrêmement statiques à la fête de l’acte 1, geste des solistes assez convenus, …

La direction musicale d’Alain Guingal est toutefois de bonne qualité, et les chœurs de Marseille sont bien meilleurs qu’à l’ordinaire, La Traviata devant certainement être inscrite dans leur répertoire favori. Le ténor Ismael Jordi (Alfredo) a un joli timbre ensoleillé, mais rencontre des problèmes techniques et ses moyens sont trop modestes, en particulier le volume de son aigu : pour preuve, il délivre son contre-ut à l’issue de la cabalette du début de l’acte 2, dans la quasi indifférence du public. Le nom de Franck Ferrari (Giorgio) inscrit dans la distribution était a priori une assurance de qualité : et pourtant, habituellement solide vocalement et bien sonore, il devient quasi méconnaissable en plein milieu de l’acte 2, n’arrivant plus à sortir ses aigus. On cherche mentalement des explications : méforme passagère, non adéquation de sa voix au pur baryton Verdi.… en commençant à désespérer un peu.

Et soudain… miracle ! Le rideau s’ouvre sur l’acte 3, et on découvre LA Traviata, la vraie Violetta Valéry, sur son lit de mort. Elle souffre, elle gémit, son chant prend aux tripes, elle est vraiment pâle comme un linge : la soprano albanaise Ermonela Jaho réalise un grand numéro. Elle s’accroche désespérément à ce fameux rideau, et s’écroule, anéantie. Aux saluts finaux, elle a bien conscience d’avoir donné énormément, et fond en larmes, se faisant accompagner par une bonne partie de l’auditoire. Magie de l’opéra : alors que l’on avait, jusqu’à l’acte 2, pu apprécier (seulement !) une jolie voix, assez dramatique, volumineuse, et très musicale, cet acte 3 transcende la soprano, nous faisant (presque !) oublier les quelques faiblesses de la représentation.

François Jestin

Représentation du 8 janvier 2006

Voir en ligne : Opéra de Marseille

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