Marseille : “Rigoletto“

, par  François JESTIN , popularité : 9%

Très beau trio vocal pour ce Rigoletto marseillais, avec un parti pris visuel très affirmé du réalisateur Arnaud Bernard, et un dispositif scénique unique.

Le rideau se lève sur un hémicycle de bois clair, surmonté en balcon à l’arrière-plan, d’une gigantesque bibliothèque toute noire, en trompe-l’œil, dissimulant çà et là des portes dérobées qui permettront au Duc de Mantoue d’enlever ses belles.
Dès l’ouverture, nous sommes apparemment dans le cabinet d’un anthropologue : Rigoletto est penché au-dessus d’une table d’observation, sa chemise craquée dans le dos lui découvrant sa bosse poilue, qui est mesurée dans toutes ses dimensions par le savant. Au-delà de l’ouverture, la mise en scène deviendra cependant assez traditionnelle : une petite tourelle avec escalier en colimaçon, ajoutée à l’acte 1 au centre du plateau, figure la maison de Rigoletto, et permet, par rotations, de subtils jeux de cache-cache entre le Duc, Rigoletto et Gilda.

« Rigoletto » – Acte 3
© Christian Dresse

Au II, comme généralement, le plateau est dépouillé pour le grand air de Rigoletto, puis le duo avec sa fille, mais ce décor unique trouve sans doute ses limites à l’acte III : l’antre de Sparafucile est un bateau à quai, et la gestion de l’espace, ainsi que de la différence entre extérieur et intérieur, devient scabreuse. Les personnages vont sur le bateau, entrent parfois dans la cabine – ce qui exige souplesse et déhanchement ! – et en ressortent de manière improbable presque dans les coulisses. A la mort de Gilda, des fenêtres s’ouvrent dans la bibliothèque, une lumière blanche pénètre, et les papiers volent comme les feuilles mortes, laissant au spectateur averti une impression de déjà vu… Le plateau vocal est digne des grandes maisons, surtout pour les 3 rôles principaux, avec d’abord Carlos Almaguer (Rigoletto) qui possède une vraie voix de baryton Verdi, qui projette superbement, et produit de belles nuances forte – piano. La soprano coréenne Sylvia Hwang (Gilda) est une heureuse découverte : la technique est au point (vocalises de « Caro nome » quasiment parfaites), le chant est propre, voire angélique par moments, et son timbre est un peu plus rond et moins métallique que chez certaines de ses compatriotes, mais elle doit progresser dans l’interprétation, dans le drame vécu de l’intérieur. Le Duc est un rôle qui convient parfaitement aux moyens du ténor Giuseppe Gipali, qui allie une appréciable vaillance de l’accent à une belle ligne de chant dans les passages plus romantiques. L’orchestre – avec des faiblesses passagères chez certains solistes à découvert – et les chœurs (pas toujours complètement ensemble), sont placés sous la direction satisfaisante de Paolo Arrivabeni.

François Jestin

Verdi : RIGOLETTO : le 19 décembre 2006 à l’Opéra de Marseille

Voir en ligne : Opéra de Marseille

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