Monte-Carlo : “Le Médium“ & “Cavalleria Rusticana“

, par  François JESTIN , popularité : 14%

L’Opéra de Monte-Carlo a suivi la voie de l’originalité pour sa « double bill » : Cavalleria n’est pas accouplée à son habituel Pagliacci (Cav-Pag disent les Anglais), mais donné à la suite du Medium, œuvre-phare de Gian Carlo Menotti. Hasard de la programmation, ces représentations sont dédiées à la mémoire du compositeur, disparu quelques jours auparavant, à l’âge de 95 ans.

Un monument de l’art lyrique nous a quittés le 1er février dernier : émigré aux Etats-Unis en 1928 (sur les conseils de Toscanini), compositeur–librettiste d’une bonne vingtaine d’opéras, créateur du festival des deux mondes de Spoleto (1958), puis de son équivalent américain à Charleston (1977), Menotti a été certainement bien plus célébré outre-Atlantique qu’en Europe.

C’est avec Le Medium qu’il connaît la gloire en 1947 à Broadway, et la représentation monégasque nous restitue avec bonheur la beauté fascinante et le pouvoir d’évocation de sa musique. La partition, très bien dirigée par Lawrence Foster, est mystérieuse, avec un emploi savant des silences, et maintient une tension dramatique constante, qui tend souvent vers un sentiment d’oppression. Le rôle en or de la vraie-fausse medium Madame Flora est tenu avec brio par la formidable mezzo Victoria Livengood, qui maîtrise une gamme entière de sons, du murmure au cri, du doux chant halluciné aux déclamations à glacer le sang. La soprano Marisol Montalvo, distribuée en Monica, camarade de jeu du malheureux Toby, chante joliment ses mélodies, alors que les rôles des clients de Flora sont idéalement tenus par Lynton Black et Vivian Tierney (Mr and Mrs Gobineau), et Carole Wilson (Mrs Nolan).
La mise en scène de Francis Menotti, fils de Gian Carlo, plaque parfaitement l’action sur la musique : jeux des adolescents, entrées et sorties des « clients », séances de spiritisme, …, dans le décor unique signé John Pascoe, qui figure l’appartement de Mme Flora, véritable bric-à-brac de mobilier lugubre, avec table tournante obligée.

Le Medium : Marisol Montalvo (Monica) et Victoria Livengood (Madame Flora) © Opéra de Monte-Carlo – Stefan Flament

Changement de décors – à la charge du metteur en scène Mario Pontiggia – pour Cavalleria, où l’action est transportée sur la place du village sicilien : beau ciel bleu en fond de scène et parvis d’église à cour, mais sorte de bunker de béton à jardin – la taverne de Mamma Lucia ? – qui enlaidit malheureusement le tableau. Les ensembles sont scéniquement bien réglés (groupe des villageois, procession religieuse, …), et la tension dramatique est maintenue dans les face-à-face, allant en crescendo jusqu’au final, résolu dans le sang.
Nous retrouvons Victoria Livengood en Mamma Lucia, toujours aussi autoritaire dans l’accent, mais moins à l’aise en italien qu’en anglais, en compagnie de Irina Mishura (Santuzza), au style vériste qui convient à la large étendue vocale du rôle, et Monica Minarelli (Lola). Côté masculin, le ténor Aleksander Antonenko (Turiddu) est robuste et fait valoir une bonne projection, tandis que le baryton Carlos Almaguer (Alfio) est impeccable, comme à son habitude.
Le chef Lawrence Foster est également à l’aise dans cette œuvre, et n’hésite pas quand il le faut à faire sonner généreusement son orchestre, ainsi que les chœurs, d’une remarquable qualité.

François Jestin

Menotti : LE MEDIUM & Mascagni : CAVALLERIA RUSTICANA : le 11 février 2007 à Monte-Carlo – Salle Garnier

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