Montpellier : “Cantatrice chauve“ & “Fille du Régiment“

, par  François JESTIN , popularité : 8%

Spectacles réjouissants et colorés pour cette première partie de saison lyrique montpelliéraine, avec la programmation de La Cantatrice chauve et La Fille du Régiment.

La Cantatrice chauve
La Cantatrice chauve, opéra du compositeur Gérard Calvi donné en création mondiale sur la scène de la Comédie, est une belle découverte. La musique est à la fois accessible, intéressante et plaisante, avec plusieurs passages rappelant Britten – comme certains leitmotivs ou quelques accords joués au clavecin ou au piano – et quelques moments plus jazzy (avec saxophone). Le tissu orchestral n’est jamais très épais, et l’équilibre entre fosse et plateau est idéal, dosé par le chef Samuel Jean. Le livret est au mot près la pièce d’Eugène Ionesco, et l’illustration visuelle qu’en réalise Ruxandra Hagiu, dans les décors de Philippe Miesch et les costumes d’Isabelle Mathieu, est drôle et enthousiasmante.

« La Cantatrice chauve »
© Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

Le programme de salle donne le ton, avec en insert les chaînes de « Kanta TV » (les émissions à venir sont d’ailleurs strictement identiques sur les 3 jours, concept original à tester…), pages de couleurs criardes, lardées de publicités pour « Smoil, l’huile de toute la famille », et autres interviews et vraies-fausses « révélations » people. Bien dans la ligne du théâtre de l’absurde, les premiers tableaux défilent à vive allure sur scène : un intérieur familial envahi de bouteilles de Smoil, une émission vantant les mérites culinaires de la Roumanie, une retransmission de match de football, puis une curieuse émission, mélange de journal télévisé, jeu avec buzzers, et débat politique (sur Lol TV). En deuxième partie, le décor est stable, pour une réception - cocktail où sont invités quelques excentriques (par exemple le capitaine des pompiers est une rock-star portant robe blanche, strass et bijoux, lunettes noires).
La distribution vocale est cohérente, et la diction est d’une telle qualité que les surtitres en deviennent inutiles (chose rare !). Ils sont tous à citer : Ronan Debois (Mr Smith), Rachèle Pelletier Tremblay (Mrs Smith), Olivier Dumait (Mr Martin), Muriel Souty (Mrs Martin), Sarah Pagin (Mary), Franck Cassard (le capitaine des pompiers).

La Fille du Régiment
Pour la fin de l’année, c’est la Fille du Régiment qui est accueillie à la Comédie, dans la production de Davide Livermore, inaugurée à l’Opéra de Trieste. Alors que les précédentes mises en scène de Livermore à Montpellier (l’Elisir d’amore et la Cenerentola) étaient des succès complets, son traitement de la Fille appelle quelques réserves. L’essentiel est préservé, c’est-à-dire la légèreté et la bonne humeur générale de ce régiment franchouillard de carte postale, ainsi que la poésie ou la tristesse qui marquent les quelques airs doux et nostalgiques.

« La Fille du régiment »
© Marc Ginot / Opéra National de Montpellier

L’utilisation de l’humour potache à répétitions finit quand même par lasser et surtout les bruitages parasitent désagréablement les oreilles : pétards, coups de fusil, crécelle qui accompagne systématiquement en coulisse chaque mouvement forcé du faux bras de Sulpice, hennissement enregistré à chaque évocation du nom de Crakentorp, … C’est drôle en général, mais un peu lourd par moments.
Le rendu orchestral, sous la baguette de Jean-François Verdier, est satisfaisant même s’il fait jouer un peu fort parfois, et la distribution vocale – à une exception près – tient le choc. A commencer par la soprano Monica Tarone qui possède les aigus, l’agilité, et suffisamment d’abattage et de volume pour faire honneur au rôle-titre ; sa diction est très correcte, sauf dans ses parties parlées ou le texte devient une sympathique bouillie incompréhensible. Le ténor Manuel Nuñez Camelino (Tonio) n’atteint vraiment pas ce niveau de révélation, le timbre est ingrat et la voix instable, tandis que le reste de la distribution – en particulier François Harismendy (Sulpice) et Hanna Schaer (Marquise de Birkenfeld) – ainsi que les chœurs assurent la qualité d’ensemble de la représentation.

François Jestin

Calvi : LA CANTATRICE CHAUVE : le 6 décembre 2009 à l’Opéra de Montpellier – Comédie
Donizetti : LA FILLE DU REGIMENT : le 7 janvier 2010 à l’Opéra de Montpellier – Comédie

Voir en ligne : Opéra de Montpellier

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