Portrait : Jonathan Darlington

, par  Beata ZAKES , popularité : 8%

Dans son agenda surchargé, le maestro britannique aux attaches germano-francophones, a inscrit un passage à Genève pour la prochaine saison. Portrait d’un musicien passionné, moderne et surtout communicatif.

Chez les Darlington, la musique est une affaire de famille, comme le savent certains mélomanes. Le frère de Jonathan, Stephen, dirige en effet l’un des choeurs le plus réputés au monde, le Christ Church Cathedral Choir de Oxford, avec lequel il a effectué de nombreux enregistrements. Les deux frères viennent de se retrouver côte à côte sur scène le 25 mars dernier, lors d’une « création à deux baguettes » de l’oratorio célèbre de Haydn. Incroyable mais vrai, les chemins artistiques de ces deux chefs ne s’étaient jamais croisés auparavant ! A cette occasion, Darlington le chef d’orchestre s’est improvisé journaliste pour une fenêtre interview sur le blog officiel de l’Orchestre Philharmonique de Duisburg, dont il est directeur musical depuis une dizaine d’années. Si l’un des frères Darlington s’était orienté vers la musique sacrée, devenant, grâce à une cinquantaine d’enregistrements, une référence dans le répertoire choral allant du XVe siècle jusqu’à l’univers contemporain, l’autre, loin de se désintéresser des voix, s’est penché sur l’opéra, en parcourant une vaste liste d’opus de diverses époques, avec une prédilection pour le moderne également, et des oeuvres qui sortent des sentiers battus.

Riche parcours et calendrier trépidant
Diplômé de l’Université de Durham et de la prestigieuse Royal Academy of Music (il fait aujourd’hui partie du cercle réputé des « FRAMs » ou, autrement dit, des « membres honoraires »), le parcours de ce musicien a été marqué par des rencontres et collaborations avec Pierre Boulez, Riccardo Muti, Olivier Messiaen ou encore Myung-Whun Chung, à qui il doit son vrai (et acclamé) début dans le monde de l’opéra. Nommé par lui vice-directeur musical à l’Opéra de Bastille de Paris, il a eu l’occasion de diriger « Les Noces de Figaro » dans la capitale française en 1991. Depuis, son répertoire s’est élargi considérablement, ainsi que sa liste de contacts et de contrats. Il est aujourd’hui chef d’orchestre principal de l’Orchestre de l’Opéra de Vancouver et dirige fréquemment d’autres importantes phalanges, comme l’Orchestre National de France, celui de la BBC de Londres, l’English National Opera ou encore, l’Orchestre National de Taiwan.

Jonathan Darlington dirigera « Orphée et Eurydice » en mars 2011

Lors des saisons précédentes, l’artiste s’est rendu à Dresde, afin d’y conduire la Staatstkapelle dans « La Grande Magia » de Trojahn, à Sydney pour « Fidelio » de Beethoven, et il travaille actuellement sur un programme spécial Stravinsky avec la Canadian Opera Company à Toronto. En mars 2009, le musicien est retourné sur scène en tant qu’accompagnateur du fameux baryton allemand Dietrich Henschel dans le cycle « La Schöne Müllerin » de Schubert. Il s’est également rendu à Varsovie pour y présenter une affiche aux notes juives, unissant les derniers romantiques (Brahms, Dvorák) à Ernest Bloch. Le maestro vit une véritable frénésie créatrice, en plus de ses nombreux enregistrements (captés un peu « à contrecoeur », car le maestro prêche l’idée que la vraie musique ne peut être créée qu’en « live », en présence d’un public en chair et en os). A l’aise dans plusieurs langues et chez lui dans trois pays, celui qui ne range jamais ni sa baguette ni ses valises sera, l’année prochaine, à l’affiche du Grand Théâtre de Genève où il viendra diriger « Orphée et Eurydice » de Gluck.

Le web au service de la musique
Attiré par les opportunités qu’offre l’informatique, Jonathan Darlington s’intéresse à son utilisation pour divulguer la musique. Au travers de sa page Internet (www.jonathan-darlington.com), il souhaite communiquer avec des mélomanes, échanger des idées. Il y commente, entre autres, ses choix de programmes et joue avec les objectifs des photographes en se livrant à une session de « photo shooting » dans la capitale française, une de ses trois « maisons ». On y apprend également qu’en février 2010, l’Orchestre Philharmonique de Duisburg et son chef se sont vu accorder le prix annuel de la DMV (Deutsche Musikverleger-Verband, l’Association Allemande des Editeurs de Musique) pour « la diversité stylistique et artistique de ses programmes de concert, son engagement pour la promotion de la musique contemporaine ainsi que son audacieuse invitation à la découverte de compositions moins connues lancée au public ». De quoi nourrir l’élan du maestro, fidèle à la maxime de Georg Solti : « Si tu sens le feu sacré dans le ventre, ne t’arrête jamais ! »

Beata Zakes

Discographie sélective :
- Gustav Mahler : Symphonie n° 6, avec le Philharmonique de Duisburg. Acousence, 2008
- Jazz at the Philharmonic, Duisburg. Andy Miles, à la clarinette. Telos, 2008
- Guillaume Connesson : Athanor, Supernova. Orchestre National de France ; Radio France Chorus ; Virginie Pesch, soprano ; Nigel Smith, baryton ; Jonathan Darlington, Muhai Tang, direction. Radio France/ Naïve, 2004 (2007).
- Piotr Ilyitch Tchaïkovski : Le Lac des Cygnes. Marie-Claude Pietragalla, Patrick Dupond, Ballet de l’ Opéra National de Paris, Orchestre National de Paris, NVC Arts, 1992 (DVD 2005, Bel Air Classiques)

A suivre également :
- Ses apparitions et contributions sur VOlive, un portail innovateur de l’Orchestre de Vancouver.

Voir en ligne : Grand Théâtre de Genève

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