Portraits : Divas italiennes

, par  François LESUEUR , popularité : 10%

Elles sont Italiennes et ont pourtant choisi de défendre, avec passion et respect, l’opéra français. A Reims avec Manon de Massenet pour Patrizia Ciofi et à Toulouse avec Carmen pour Anna Caterina Antonacci, ces deux artistes ont montré l’étendue de leur talent et de leurs compétences dans le répertoire français.

Formées au bel canto, elles ont chacune débuté avec Mozart, profité du renouveau de la musique baroque tout en multipliant les prises de rôles dans des répertoires très opposés. Ciofi, soprano lirico-lirico leggero, Antonacci à la frontière entre le mezzo et la soprano, se sont rapidement illustrées dans des rôles issus de l’opéra français : Robert le diable, Lucie de Lammermoor, Benvenuto Cellini, Chérubin, Les contes d’Hoffmann, Les pêcheurs de perles ont précédé Manon pour Ciofi, Carmen succédant à Don Quichotte, Werther, Les Troyens et La Juive pour Antonacci.

La première vient d’aborder Manon de Massenet à Avignon, puis à Reims, la seconde venant tout juste de reprendre Carmen à Toulouse, après le grand succès remporté à Londres en 2006 avec Jonas Kaufmann.

« Manon » avec Patricia Ciofi (Manon) et Florian Laconi (Des Grieux)
© ACM - Studio Delestrade

Musicienne scrupuleuse, interprète émouvante et sensible, Ciofi a une fois encore étonné par son adéquation parfaite au rôle de Manon, l’un des fleurons de l’opéra français. Diction admirable, endurance, caractérisation vocale, évolution psychologique, son interprétation rémoise s’est avérée un modèle du genre. Accompagnée avec passion par Vincent Barthe et entourée par le Des Grieux vigoureux de Florian Laconi, cette Manon était une splendeur.

« Carmen », avec Zoran Todorovich (Don José) et Anna Caterina Antonacci (Carmen)
© Patrice Nin

Voix ample, jeu lascif sans vulgarité, Antonacci campe une Carmen racée, dans un français châtié. Véritable bombe sexuelle dans la mise en scène de Francesca Zambello sur la scène du Covent Garden, la belle Italienne revient aux sources de Mérimée dans le spectacle imaginé par Nicolas Joël à Toulouse, austère et étouffant, loin de l’habituelle Séville gorgée de couleurs et de soleil. Subtilement dirigée par Daniele Callegari, elle avait pour partenaire Zoran Todorovitch, Don José éclatant de santé, Angel Odena Escamillo sonore et Inva Mula, agréable Micaëla. Anna Caterina Antonacci s’est montrée comme sa consoeur Patrizia Ciofi, digne des plus grandes titulaires du passé.

Riches de leurs personnalités, nourries d’ouvrages puisés dans toute l’histoire de la musique, de Monteverdi à la création contemporaine (Carmen II de Gérard Daguerre pour Ciofi, Vita de Marco Tutino pour Antonacci), ces deux cantatrices servent à la fois l’art lyrique, tout en se révélant indispensables dans un répertoire si souvent galvaudé, celui de l’opéra français.

François Lesueur

Grand Théâtre de Reims : 8 mars 2009 « Manon » de Massenet
Théâtre du Capitole : 3 avril 2009 « Carmen » de Bizet.

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