Nouveautés de décembre 2010 : “Don Carlo“ & “Faust“

, par  Eric POUSAZ , popularité : 13%

Gounod : Faust


couverture de Faust
Le Royal Opera de Londres avait mis les petits plats dans les grands pour cette nouvelle production du Faust de Gounod, un ouvrage très populaire dans la capitale britannique où il a déjà été joué près de cinq cents fois dans la vénérable institution. Captée en juin 2004 lors de la première série de représentations, le spectacle séduit par l’inventivité du décor à transformations multiples de Charles Edwards, les provocations savamment calculées de la mise en scène de David McVicar (il faut par exemple avoir vu Bryn Terfel alias Méphisto en drag queen déjantée pour comprendre comment un metteur en scène peut dynamiser - dynamiter ? – la scène archi-connue de la Nuit de Walpurgis dansée par un ballet parodiant une mauvaise représentation de Giselle !) et surtout une distribution hors du commun qu’il ne sera pas facile de réunir une nouvelle fois sur une autre scène….
Angela Gheorghiu est une Marguerite bouleversante, même si la voix, déjà amplement lyrique et peu apte à la vocalise légère, n’est pas toujours idoine pour cette écriture d’une élégance française racée, mâtinée de quelques accents de sentimentalité aujourd’hui légèrement démodée. Dès la première apparition, le personnage existe pourtant dans toute sa complexité et la voix convainc, émeut et finit par écraser tout son entourage tant son rayonnement est soutenu. Roberto Alagna parcourt le rôle de Faust sans peine aucune : l’aigu est à la fois rond et tranchant, l’articulation exemplaire et le son d’une beauté inouïe ; il lest seulement dommage que le ténor joue si mal et peine à faire oublier qu’il aimerait qu’on ne regarde que lui ! Bryn Terfel est, vocalement, un grand Méphisto dont le baryton fruité n’a aucune peine à rendre les multiples facettes de ce rôle fascinant ; toutefois, la personnalité complexe du personnage lui échappe et il se contente de le caricaturer avec une voix puissante et prenante que l’auditeur aime à déguster en gourmet même si le spectateur reste sur sa faim. Simon Keenlyside est un Valentin de luxe, au timbre velouté et prenant,, tout comme Sophie Koch qui prête au personnage falot de Siebel sa voix fraîche aux aigus délicieusement dégagés.
Antonio Pappano dirige l’Orchestre du Covent Garden à la cravache et ne prête pas toujours toute l’attention qu’ils méritent aux doux mélismes d’une écriture instrumentale particulièrement charmeuse afin de ne pas tomber dans les pièges de la mièvrerie ; les chœurs sont comme toujours impressionnants alors que la parodie de Giselle donnée en lieu et place du ballet traditionnel ne fait pas honneur aux danseurs du Royal Ballet.
2 DVD EMI 6 31611

Verdi : Don Carlo


couverture de Don Carlo
Egalement captée au Covent Garden, cette version de Don Carlo de Verdi en cinq actes en italien permet aux admirateurs de Rolando Villazón de voir encore une fois leur idole dans un des rôles qu’il aura le plus marqué dans sa courte carrière. Le ténor a certes déjà quelques problèmes vocaux qu’il ne parvient plus à masquer ici : la voix blanchit sous l’effort, elle perd ses couleurs et son chatoiement dans le médium et surtout, la fatigue se fait lourdement sentir surtout dans la scène de la prison du 4e acte et le duo final. Force est de reconnaître néanmoins que son portrait de l’infant reste théâtralement et vocalement puissant au point qu’on ne souhaiterait à aucun moment interrompre le visionnement de ce prodigieux spectacle. La réussite est d’autant plus étonnante que ni Marina Poplavskaya en Elisabeth, ni même Simon Keenlyside en Marquis de Posa ne sont au sommet de leur art dans des emplois nettement trop lourds pour leurs timbres. Or, ces deux chanteurs habitent également leurs personnages avec une telle conviction théâtrale et un tel engagement vocal qu’ils réussissent à convaincre malgré leurs carences dans les passages les plus exposés comme la scène du cachot pour lui et l’acte final pour elle. Sonia Ganassi est par contre une Eboli grandiose sur tous les plans, avec une voix légère dans la vocalise de l’Air du Voile mais parfaitement capable de remplir de venin les accès de fureur du O Don fatale. Ferruccio Furlanetto incarne lui aussi un Philippe magnifique d’aplomb et de noirceur auquel l’Inquisiteur de Eric Halfvarson donne la réplique avec verdeur dans un véritable duel d’anthologie au 4e acte.
La direction d’Antonio Pappano se veut classique, évite les idiosyncrasies auxquelles il est de bon ton de recourir dans la scène de l’autodafé, jouée ici sur un rythme soutenu et sans boursouflure inutile. La mise en scène de Nicholas Hytner (dont on se rappelle les superbes Noces de Figaro reprises trois fois au Grand Théâtre de Genève et vendues à Strasbourg par la suite) est à la fois élégante et économe d’éléments décoratifs, ce qui permet d’éviter les longues pauses nécessaires aux changements de décor. Ce spectacle de plus de trois heures pourrait bien compter parmi les plus intéressantes captations vidéo de ce chef-d’œuvre qu’on ne se lasse pas de revoir le plus souvent possible.
2 DVDs EMI 6 31609

Eric Pousaz

Publié dans Scènes Magazine No. 228

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