Paris : Chronique danse de mars 2011

, par  Stéphanie NEGRE , popularité : 13%

Fin janvier-début février, Anne-Teresa De Keersmaeker présentait son nouveau ballet En atendant au Théâtre de la Ville, alors qu’en février Thierry Malandain proposait sa dernière création Magifique [Tchaïkovski suites] au Théâtre national de Chaillot.

Au Théâtre de la Ville :
En atendant


Pour son nouveau ballet, présenté du 29 janvier au 5 février 2011 au Théâtre de la Ville, Anne-Teresa De Keersmaeker prend comme point de départ l’Ars subtilior, mouvement musical et littéraire né en Provence au 14ème siècle. Elle lui emprunte sa musique et ses textes, récités sur scène, avec l’ambition de mettre en perspective les tourments de l’époque et ceux de maintenant.
Pénombre, bande de terre marquant la limite entre la scène et la salle… La scénographie d’En atendant est d’une austérité monacale. Le spectacle débute par un solo de flûte à bec suivi par la récitation psalmodiée du poème En atendant, œuvre écrite en vieux français par Philipus de Caserta (1370-1420). C’est dans cette ambiance particulière, entre solennité et recueillement, qu’une première danseuse fait son entrée sur scène, suivie, après un premier solo, par les autres danseurs. La partie chorégraphiée commence réellement, avec des solos, des pas de deux, des danseurs qui vont et viennent, sans parvenir à créer une once d’émotion. Rejoints par un joueur de flute, un joueur de vièle et la chanteuse, on espère à ce moment là que quelque chose va se passer, qu’adossée au chant, la danse va porter un sens, un regard, celui d’Anne-Teresa de Keersmaker sur la vie, les relations humaines, le destin, l’attente, thèmes de la littérature médiévale tellement d’actualité. Et bien non ! Que les danseurs soient seuls ou en groupe, rien ne semble passer ni entre eux, ni vers les spectateurs.

« En atendant » au Théâtre de la Ville
Photo Anne Van Aerschot

Pendant l’heure et demi du ballet, la chorégraphie ne transmet rien. On perçoit parfois, sur scène, l’expression de la fureur ou de la lassitude mais sans rien d’autres, quelque chose de brutal et vain, de très ennuyeux en fait. Ce sentiment de vacuité est d’autant plus fort qu’il y a une grande richesse émotionnelle dans les textes chantés, leur composition musicale extrêmement raffinée et l’âpreté de la sonorité des instruments anciens. Alors En atendant est l’occasion de découvrir une forme artistique médiévale méconnue mais aussi de faire le constat que le parti pris du minimalisme extrême se résume ici à un propos mince qui s’étire en longueur.

Au théâtre national de Chaillot :
Magifique [Tchaïkovski suites]


Magifique ! c’est par cet hybride de magique et magnifique que Thierry Malandain, enfant, qualifiait les grands ballets du répertoire qu’il découvrait avec ses parents. A l’origine de sa vocation de danseur, cet émerveillement pour la danse classique et les chefs-d’œuvre de Marius Petipa l’anime toujours. Il leur consacre un ballet, Magifique [Tchaïkovski suites] interprété du 9 au 11 février 2011 au Théâtre national de Chaillot par sa compagnie le Malandain Ballet Biarritz.

« Magifique » à Chaillot
Photo Olivier Houeix

Magifique est organisée en trois parties correspondant chacune à un ballet de Marius Petipa chorégraphié sur une musique de Piotr Illitch Tchaïkovski : La Belle au bois dormant pour la première, Le Lac des cygnes pour la seconde, Casse-Noisette pour la dernière. Tout au long des scènes, Thierry Malandain nous fait partager la joie d’un petit garçon facétieux qui prend ses premières leçons à la barre, les répétitions, l’ambiance d’une troupe. C’est pétillant et léger. Les scènes de représentation permettent de découvrir des ébauches de ce qui pourrait être ses propres versions du Lac et de La Belle au bois dormant. Deux hommes traversent le ballet, l’un symbolisant l’enfant qui découvre la danse, l’autre, l’adulte, l’interprète. L’enfant est présent jusqu’à la fin, ne quittant pas celui qui est devenu un artiste accompli. Magifique n’est pas qu’une très belle démonstration du talent de chorégraphe de Thierry Malandain. C’est l’œuvre personnelle d’un artiste qui a conservé sa part d’enfance et qui veut nous le montrer. Les limites de l’exercice sont les clins d’œil qui émaillent les situations, plus difficiles à saisir pour nous, le public. Toutefois, elles sont vite oubliées au regard de l’émerveillement communicatif qui se dégage de ce ballet.

Le Malandain Ballet Biarritz est attendu à l’Opéra de Massy le 26 mars 2011 avec Roméo et Juliette dans une chorégraphie de Thierry Malandain.

Stéphanie Nègre

Publié dans Scènes Magazine no. 230

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