Paris : Chronique des concerts No. 229

, par  David VERDIER , popularité : 8%

On finissait par désespérer de l’édition 2010 du festival d’automne et voilà qu’en ouverture du mois de novembre, Garnier affichait complet pour… un concert hommage à György Kurtag.

En première partie, des extraits des Játekok (Jeux) et autres transcriptions à deux et quatre mains. Touchant spectacle que celui du compositeur et sa femme, dos au public et serrés l’un contre l’autre, interprétant sur un piano droit des pièces aussi intimes, mêlées à des chorales de Bach… Des deux créations françaises données en seconde partie, nous retiendrons les Quatre poèmes d’Anna Akhmatova (1997), et l’impressionnante prestation de la soprano russe Natalia Zagorinskaia qui les créa en 2009. L’hommage du livret à Ossip Mandelstam est en parfaite osmose avec une musique à la fois discrète et subtile mais qui laisse également éclater de violentes scènes de guerre.

Remplaçant au pied levé un Pierre Boulez retenu à Chicago pour des problèmes de santé, Peter Eötvös offrait à Pleyel un programme contemporain tout entier consacré à la la figure tutélaire d’Arnold Schœnberg. Parmi les créations données ce soir-là, la très remarquée Contrebande - On Comparative Meteorology II du jeune Johannes Maria Staud.

Le quatuor Artemis poursuit son intégrale Beethoven dans l’ambiance feutrée des concerts du dimanche matin au Théâtre des Champs-Elysées. Après un opus 18 n°4 (“Lobkowitz“) très classique, ce furent deux sommets redoutables, en la matière de l’opus 135 et l’opus 59 n°1 (“Razumovsky“). L’interprétation demeure impressionnante et sans guère de failles. On regrettera néanmoins certaines chutes de tensions dans les mouvements lents qui rendent perceptibles les efforts des musiciens pour y remédier. On attend la suite avec impatience…

Déception
Nette déception, en revanche, pour le concert Barenboïm-Chéreau à l’auditorium du Louvre. Le sublime (mais difficile) Kammerkonzert d’Alban Berg se révèle être un dur écueil pour les jeunes instrumentistes du West-Eastern Divan Orchestra. L’œuvre ne souffre ni les décalages ni les fréquentes approximations dans l’intonation et la justesse – et ce, malgré la belle sonorité de Michael Barenboïm. Plus cruel encore, l’histrionisme pathétique de Patrice Chéreau en (unique) récitant d’une Histoire du Soldat bien hasardeuse. Le beau souvenir de son enregistrement aux côtés d’Antoine Vitez et Pierre Boulez rend la soirée plus funeste encore…

Ambiance cabaret assez insolite pour l’ensemble intercontemporain, sous la direction de Peter Rundel. La voix de Dagmar Manzel fit preuve d’un bel abattage dans les extraits de l’Opéra de Quat’sous de Weill, tandis que la joie frénétique et contagieuse d’Hans Eisler s’alliait à l’énergie de Industry & Idleness d’Heiner Goebbels.

Christian Thielemann

Événement marquant
L’intégrale Beethoven / Wiener Philharmoniker au TCE fut l’événement marquant de cette fin d’année. Christian Thielemann démontra une inspiration teintée d’autoritarisme et d’une étonnante tendance à la routine jusque dans les silences amidonnés et les rubatos en fins de phrases. Pour comble, le “nappé“ des cordes qui tend à se banaliser au fur et à mesure ; les fameux cors viennois (que l’on murmure novices) étaient bel et bien précaires. Changement de cap et deuxième école de Vienne au programme du concert Quatuor Diotima aux Bouffes du Nord, avec, notamment la version inédite de la 7e Bagatelle opus 9 de Webern, accompagnée par la contralto Marie-Nicole Lemieux. Jamais la Suite lyrique de Berg n’a sonné avec autant d’urgence et de maîtrise instrumentale. Le programme offrait en conclusion le très beau (et trop oublié) 2e quatuor de Zemlinsky, d’un moiré harmonique et d’une finesse inouïe.

L’orchestre philharmonique de Radio France donnait ce mois-ci la rare Symphonie de Paul Dukas mais de notre point de vue, tout l’intérêt de cette soirée résidait dans un superbe concerto en sol de Ravel interprété par un Jean-Efflam Bavouzet en état de grâce. Même fortune pour le chefnew-yorkais Alan Gilbert à la tête du même orchestre, dans un magnifique Pelléas et Mélisande de Schœnberg mis en image par le plasticien Doug Fitch.

Jean-Efflam Bavouzet

Pleyel toujours, avec l’orchestre de Paris, remarquable de tenue et de qualité (cordes et petite harmonie !) sous la direction de David Zinman. Passées les très scolaires variations Janacek de Marc André Dalbavie, Stephen Kovacevich offrit un premier concerto de Beethoven ciselé et d’une noblesse classique, à l’image de la 9e symphonie de Schubert qui concluait le programme. Il y avait certainement moins de bonheur dans la suite du cycle Mahler par Valery Gergiev ; la direction instable du chef russe ne permit pas aux musiciens du Mariinsky d’interpréter cette musique dans de bonnes conditions. Résultat : un Mahler taillé à la serpe et une couleur d’orchestre bien terne.

La bonne surprise de cette fin d’année, il fallait aller la chercher au TCE du côté de deux jeunes chefs, David Afkham et Vasily Petrenko tous deux à la tête de l’Orchestre National de France dans des programmes symétriques : concerto pour violon (alternativement Sibelius et 2e de Prokofiev), puis symphonie (10e de Chostakovitch, 5e de Prokofiev). Les jeunes solistes (Valery Sokolov et Serguey Katchatryan) furent parfaits de bout en bout. Mention spéciale aux chefs, qui dirigeaient le National pour la première fois avec une précision et un brio et époustouflant.

Maurizio Pollini

A n’en pas douter, le récital Chopin de Maurizio Pollini, salle Pleyel, fut un moment inoubliable et sans doute un modèle d’interprétation pour les prochaines générations de pianistes. Modelant son jeu, non pas au service d’une virtuosité gratuite et superficielle, le pianiste italien parvient à allier la qualité du son à la maîtrise totale de l’instrument. Chopin n’a jamais sonné aussi moderne et d’une qualité exceptionnelle des plans sonores.

On ne pourrait pas conclure cette chronique sans citer le dernier concert de l’année, donné par Mariss Jansons avec l’orchestre symphonique de la Radio Bavaroise. Après une 9e symphonie de Chostakovitch, interprétée avec la malice qui sied à ce pied de nez au régime stalinien, ce fut une 4e de Mahler de toute beauté qui enchanta le public du TCE. Certes, la soprano Miah Persson ne fit pas oublier son atavisme straussien mais il faut bien reconnaître qu’une pareille perfection orchestrale et un tel chef ne peut laisser indifférent.

David Verdier

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