Paris : David Greilsammer

, par  Christophe IMPERIALI , popularité : 14%

Récital hors-normes aux Bouffes du Nord, dans l’intimité d’un artiste pas comme les autres.

Parmi la masse des récitals de piano, il en est certains qu’on oublie moins facilement que d’autres. Celui que proposait le nouveau chef de l’Orchestre de Chambre de Genève, le 25 janvier dernier dans le magnifique théâtre des Bouffes du Nord à Paris, fait incontestablement partie de ceux-ci.

Anticonformisme
Peut-être même pourrait-on lui reprocher d’avoir trop cherché à en faire partie, et estimer que les moyens qu’il y emploie confinent à un anti-conformisme un peu ostentatoire : le programme lui-même juxtapose Glass et Rameau, Frescobaldi et Byrnes, Muhly et Mozart, Monteverdi et Porat – « quatre compositeurs vivants et quatre qui ne le sont plus », comme le précise le texte de présentation, qui définit ce concert comme un « moment inattendu et d’esprit pop ». Et c’est en réalité plus qu’une simple juxtaposition : Glass et Rameau, puis Frescobaldi et Byrnes (etc.) sont enchaînés sans interruption, comme une œuvre unique à double nature – effrayante chimère ou séduisante sirène... On note même une sensible contamination des univers sonores : jamais les syncopes de Rameau n’ont paru si proches du jazz, et la forme classique des sonates de Mozart semble se dissoudre dans la forme ouverte d’un dialogue des siècles. Les puristes ne supporteront sans doute pas le jeu totalement anti-académique de David Greilsammer, et quelques vives réactions du public, ce soir-là, attestent qu’il y en avait quelques-uns dans la salle...

David Greilsammer
© Antoine LeGrand

Promenade musicale
Mais pour ceux qui acceptent ce décloisonnement radical (et les applaudissements finaux témoignent qu’ils étaient malgré tout en nette majorité), ce sont les portes d’une promenade musicale parfaitement passionnante qui s’ouvrent alors. Certes, les sonates de Mozart sont presque abordées comme des fantaisies ou des impromptus, mais quelle subtilité de toucher, quelle merveille de finesse, et surtout quelle inépuisable richesse d’invention ! La musique s’élève du piano comme si elle naissait au monde, dans le simple appareil d’une juvénile candeur. Peut-être ne peut-on pas jouer Mozart de la sorte... mais pour ma part, jamais une sonate de Mozart ne m’a semblé à ce point un voyage captivant, dont chaque note tient à la fois de la surprise et de l’évidence.
Plus le concert avançait, plus on comprenait que ce programme étrange, presque provocateur, bien loin d’être un coup médiatique, était au contraire le reflet direct de la plus intime sensibilité musicale. Nous étions entrés dans le jardin secret de David Greilsammer – non pas un de ces jardins à la française, parfaitement ordonnés, où l’on a coutume d’imaginer Rameau, mais un espace foisonnant, décloisonné, profondément hédoniste, où se mêlent les espèces les plus diverses, dans la meilleure intelligence. Un jardin d’avant-Babel, sans doute, où Muhly et Mozart parlent le même langage, et où un dialogue est possible entre L’Orfeo de Monteverdi, dont quelques extraits sont joués en début de seconde partie, et Whaam ! de Matan Porat, une pièce très intense, grinçante et tendre à la fois, jouée en création mondiale, en présence du compositeur.
Un récital dérangeant et exaltant, donc, révélateur d’une personnalité musicale singulière, dont on se réjouit de voir quelle alchimie résultera de son contact avec L’OCG...

Christophe Imperiali

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