Paris : expositions Giacometti, Hodler, Soutine, Wagner

, par  Pierre-René SERNA, Régine KOPP , popularité : 14%

La Pinacothèque propose de redécouvrir en Soutine une figure centrale du XXe s. grâce à un parcours chronologique, jusqu’au 27 janvier. Au Centre Pompidou, c’est une rétrospective d’Alberto Giacometti qui est proposée jusqu’au 11 février. Ferdinand Hodler est à l’honneur dans les salles du Musée d’Orsay jusqu’au 3 février. Enfin la Cité de la musique propose une nouvelle exposition sous le titre Richard Wagner, visions d’artiste, jusqu’au 20 janvier.

Pinacothèque : Soutine

Figure centrale de l’art du XX° siècle, aucune exposition ne lui a été consacrée depuis 34 ans (en 1973, à l’Orangerie). C’est chose faite, grâce à Marc Restillini, directeur du lieu et commissaire de l’exposition, qui a conçu un parcours chronologique, autour de cette personnalité riche et mystérieuse. Soutine arrive de sa Russie natale en 1913 et est intégré à l’artiste typique de l’Ecole de Paris, entrant dans la légende de Montparnasse, en raison de son amitié avec Modigliani. Comme pour ce dernier, une légende d’artiste maudit, difficile, s’est construite autour de Soutine. Qualifié d’artiste expressionniste, il est le seul à avoir représenté ce mouvement en France.
Véritable visionnaire, il transcende une réalité pour la transformer en une représentation imaginaire. Il se réfère à ses prédécesseurs très classiques comme Rembrandt ou Cézanne et devient le précurseur des plus grands artistes contemporains comme Pollock ou de Kooning. De même il a ouvert la voie à un artiste comme Francis Bacon dont la puissance picturale rappelle celle de Soutine. Marc Restillini veut mettre fin à tous les clichés liés à l’artiste et « faire redécouvrir cet artiste génial, scrutateur des âmes et de l’esprit », au travers d’environ 80 tableaux, provenant de musées français et étrangers ainsi que de grandes collections privées (Suisse, Etats-Unis).
Jusqu’au 27 janvier, à la Pinacothèque de Paris (28, Place de la Madeleine).

Centre Pompidou : L’atelier d’Alberto Giacometti
Une grande rétrospective de l’œuvre de Giacometti s’ouvre à Paris, réalisée en collaboration avec la Fondation Alberto et Annette Giacometti et réunissant plus de 600 œuvres dont près de 200 sculptures et plâtres peints, 60 peintures, 170 dessins, 190 photographies. Un trésor appartenant à la Fondation Giacometti , élargi par des prêts de grands musées et de collections particulières. Autour de l’atelier reconstitué, il s’agit plus de montrer le cheminement de l’artiste, de faire apparaître sa vision face au réel, mouvant et insaisissable et ainsi, de mettre en valeur la force créatrice de cet artiste majeur du XX° siècle.
Le parcours chronologique et thématique propose un dispositif scénographique, ponctué par quatre grandes étapes : les débuts de son œuvre créatrice jusqu’au moment où il s’installe au 46 rue Hippolyte-Maindron, où viendront le rejoindre Diego puis Annette ; sa relation avec les photographes ; l’atelier reconstitué et plusieurs sections explorant divers thèmes comme son expérience surréaliste, la tête, l’homme et l’arbre, la cage. La première partie de l’exposition nous ramène en Suisse à Stampa dans le Bergel et correspond aux débuts de l’artiste, entouré de sa mère, de son père Giovanni, de son frère Diego, de sa sœur Ottilia. Sa première peinture, Nature morte aux pommes (1912), pourrait être un hommage à Cézanne et son Autoportrait (1917) n’est pas sans rappeler ceux peints par son père dans une tradition postimpressioniste. Il s’essaie à la sculpture et plusieurs « plâtres enduits d’un isolant pour le moulage » sont des témoignages de son travail de recherche. Lorsqu’il arrive à Paris en 1922, encouragé par son père, il va étudier chez Bourdelle. Ses premières sculptures, qui représentent ses proches, sont plates, à angles droits, parfois même de forme totémique. Ses sculptures Le Couple ou La Femme cuillère (1927) sont marquées par l’influence cubiste, comme celle de Jacques Lipchitz, vers laquelle il s’oriente pour un certain temps. A partir de 1928, il commence sa série de femmes et de têtes en forme de plaques, dont la singularité est remarquée. C’est aussi le début de son compagnonnage avec les surréalistes, mouvement dont il sera exclu en 1935.
Le parcours se poursuit par une salle sombre montrant Giacometti vu par les photographes. Des centaines de clichés de Brasaï, d’Henri Cartier-Bresson, de Robert Doisneau ou d’Arnold Newman sont publiés dans la presse, le montrant dans son atelier au travail et contribuent à sa renommée. C’est ensuite l’entrée dans l’atelier, reconstitué dans deux salles : un atelier, où « il vivait comme un clochard supérieur » dira de lui son ami Jean Genet. Dans l’une, sont présentés les pans de murs détachés (en 1972) recouverts de graffitis, dans l’autre, le volume de l’atelier a été reconstitué à l’échelle. Les œuvres sont présentées au sol ou posées sur des tables, jouant sur la série et l’accumulation, fidèle au processus de travail de l’artiste. L’expérience surréaliste est évoquée avec La Boule suspendue, Tête-crâne et L’Objet invisible, œuvres préférées de Breton mais aussi Les Pieds dans le plat de René Crevel ou Le Palais de 4 heures témoignent de cette vision onirique et métaphorique, chère aux surréalistes. Au centre de l’exposition, une salle aborde le thème de la recherche sur la tête humaine, centrale dans la démarche de l’artiste de 1935 à 1950. On reconnaît ses modèles favoris comme Diego ou le modèle professionnel Rita Gueyfier et on découvre aussi les portraits de gens célèbres comme Simone de Beauvoir ou Marie-Laure de Noailles. A partir de 1949, c’est son épouse Annette qu’il traite inlassablement en peinture et en sculpture, s’éloignant de la notion classique de portrait pour traduire au plus près sa perception du modèle vivant, refusant la perspective, pour le restituer tel qu’il le voit. Travaillant de mémoire, il traduit sa vision en faisant surgir le modèle d’un espace imaginaire, ne cherchant pas à rendre la psychologie de celui-ci mais la vie frémissante.
Les dernières salles thématiques nous font découvrir des aspects moins connus de sa production d’artiste, comme celles de médailles commémoratives pour Sartre ou Matisse, de foulards créés pour la galerie Maeght, de pochette de disque pour Stravinsky, commandée par Pierre Boulez, ainsi que quelques manuscrits évoquant son activité d’écrivain, à laquelle il s’adonne dès 1931. Toute sa vie, il aura cherché à percer l’insaisissable mystère de la vie, décharnant les corps, provoquant le temps. Il s’était lié à Samuel Beckett, pour lequel il dessina l’unique élément de décor de la seconde mise en scène d’En attendant Godot : un arbre dépouillé, sculpté par Diego. Giacometti est à l’art du XX° siècle ce que Beckett est à la littérature, un génie de la création. Une raison suffisante pour ne pas manquer cet événement !
Jusqu’au 11 février 2008.

Musée d’Orsay : Ferdinand Hodler
Le Musée d’Orsay remet à l’honneur un des plus grands peintres suisses. Ferdinand Hodler (1853-1918) est considéré non seulement comme une figure majeure du symbolisme mais aussi un chef de fil de la modernité. L’exposition (commissaires : Serge Lemoine et Sylvie Patry) propose un parcours chronologique et thématique, réunissant environ 70 œuvres, prêtées par des musées de Genève, Zurich, Berne et par des collectionneurs privés. On pourra y voir La Nuit (1889/90), un tableau de trois mètres, qui, lors de sa présentation à Genève, fut interdit d’exposition pour obscénité. Tableau jugé trop réaliste où les corps enlacés choquent le public. Comme Courbet, qu’il admire, il exposera le tableau hors exposition, dans une salle voisine et réussira à le montrer à Paris, où il sera remarqué par Puvis de Chavannes et par Rodin.
Jusqu’au 3 février 2008.

Régine Kopp

Cité de la musique : Wagnérolâtries
Richard Wagner, visions d’artiste, tel s’intitule la nouvelle exposition qui prend place à la Cité de la musique. D’Auguste Renoir à Anselm Kiefer, les plasticiens de tous styles et de toutes les époques ont laissé leur interprétation graphique de l’œuvre de Wagner.
C’est donc un parcours dans le temps que propose l’exposition, jusqu’à nos jours, mais dans les esthétiques les plus diverses. Et force est de constater que les peintres sont les premiers à communier dans un culte uniformément hagiographique : une mythification obligée qui tient parfois de la mystification. On a donc droit, de Hans Makart à Odile Redon, à une débauche de symboles et de résonances mystico-allégoriques. Il faut attendre notre époque, avec Joseph Beuys par exemple, ou quelques isolés de l’histoire de l’art, comme Beardsley, pour ressentir un regard un peu plus critique. Mais le voyage vaut la visite.
Jusqu’au 20 janvier.

Pierre-René Serna

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