Paris : La Collection Brukenthal

, par  Julien LAMBERT , popularité : 12%

Pas de grand éblouissement malgré les quelques Bruegel, Van Eyck et Jordaens, mais un panorama diversifié des genres les plus représentatifs de la peinture hollandaise.

Conseiller et ami intime de l’Impératrice d’Autriche Marie-Thérèse, Samuel von Brukenthal était gouverneur de Transylvanie. Sa collection roumaine devenue Musée national Brukenthal, de passage au Musée Jacquemart-André, tire profit de ce statut privilégié : parmi les 1200 tableaux, majoritairement flamands, beaucoup ont été offerts par la monarque.

Initiation
Si l’accrochage ne comporte pas vraiment d’œuvres de tout premier plan, hormis le fameux Homme au chaperon bleu de Jan Van Eyck – qu’après avoir vu placardé sur tous les transports publics de la ville, vous trouverez bien petit et furieusement assailli dans son écrin confiné –, il permet en revanche une initiation aux genres les plus charismatiques de la peinture hollandaise du Siècle d’or. Tout en parcimonie, la section des natures-mortes développe néanmoins des variations très diverses de ce genre pourtant systématisé par la commercialisation. Face aux Natures-mortes d’apparat de Joris van Son, dont l’impressionnante volumétrie comme le rendu troublant de la nacre sont bien servis par l’éclairage très direct, la Cuisinière flamande de Jeremias van Winghe utilise le brio formel comme écho des vanités du monde, contre le fond christique du tableau. Le Repos après la chasse de Jordaens propose une solution plus triviale, qui transite en direction des mythologies chères au maître anversois. Heureusement, car les scènes à proprement parler myhologiques, à l’image des dieux joufflus et de la graisse mate qui saturent la toile d’Abraham Janssens, s’avèrent moins raffinées. Joli chiasme humain-animal dans la lutte herculéenne brossée vivement par Rubens.

Autre genre spécial et spécialisé qui va au-delà de son essence illustrative, le cabinets de curiosités a lui aussi d’inégaux défenseurs. Les retranscriptions au poil de chaque épine des bogues de châtaigne dans les dessins de Joris Hoefnagel fascinent plus le regard que les laborieuses petites cases de Johan Georg Hinz, grand spécialiste des cabinets, dont le fond noir assourdit la vitalité et la préciosité des objets “exposés“. Dans le domaine de la scène de genre, le maître Teniers apparaît lui aussi moins à son avantage, avec ses assemblées de fumeurs et de médecins d’aspect plus documentaire que festif. Le Soldat fumant sa pipe de Franz van Mieris ressemble plus à un masque de comédie grimaçant digne de Teniers.

Portrait
Les paysages retiennent peu l’attention, malgré une vue de montagnes intensément métaphysique, fait plutôt rare dans l’œuvre de Jan II Bruegel. D’autant plus qu’on y classe un stupéfiant Massacre des innocents par Pieter Bruegel, qui est moins un paysage qu’un exemple d’école de scène de genre villageoise, d’autant plus ironique et cruel que les membres de mouches des bourreaux se détachent implacablement sur le fond neigeux. Le portrait est bien mieux représenté, avec Marinus van Reymerswaele et surtout Hans Memling. Chez ce dernier, la diffusion de la lumière et la finesse de la touche donnent une souplesse de peau délectable au visage pourtant terriblement sévère des bourgeois saisis en prière. Judicieuse juxtaposition de l’Allégorie de la vertu du même Memling, issue de la Collection Jacquemart-André.

Enfin, même si la peinture religieuse n’est pas le fort de Samuel von Brukenthal, on s’amusera de l’inventivité particulièrement apocryphe de Sustermans, qui ose une vierge au châle bariolé, et surtout de Jordaens. Ce dernier intègre la Sainte-Famille dans un éclairage à la Georges de la Tour, et un cadre bourgeois qui fait du Christ un bébé de bonne famille et de Joseph un paysan attachant, tandis que la Vierge ne présente simplement aucune des caractéristiques traditionnelles du personnage saint. Le Lorenzo Lotto, et le Titien infiltrés parmi les Flamands n’étant pas de très haut vol, il vaut la peine de reparcourir les salles permanentes du Musée, et leur alignement stupéfiant d’œuvres de Crivelli, Botticelli, Mantegna et autres, pour se rappeler qu’en matière de grâce religieuse, les Italiens de la Renaissance étaient proprement imbattables.

Julien Lambert

Musée Jacquemart-André, 158 Bd. Haussmann (8e). Jusqu’au 11 janvier 2010.
www.musee-jacquemart-andre.com

Voir en ligne : Musée Jacquemart-André

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