Paris : La Pinacothèque, nouveaux projets

, par  Régine KOPP , popularité : 13%

Sur la carte parisienne des lieux d’expositions, la Pinacothèque a su trouver ses marques, grâce à quelques expositions prestigieuses, soutenues, il est vrai, par des opérations de promotion de grande envergure, dont le directeur Marc Restellini semble avoir le secret.

Qu’il s’agisse de Soutine (310’000 entrées), de l’âge d’or hollandais (700’000 entrées), des Soldats de l’éternité, les guerriers de Xi’an (500’000 entrées) ou plus récemment de l’Or des Incas, la Pinacothèque attire un public nombreux, de tous âges, et le directeur pourrait se satisfaire de son succès. Mais si Marc Restellini est un historien d’art de formation, il a su par ailleurs développer une fibre d’entrepreneur, habile à trouver des fonds privés, ce qui fait de lui un électron libre, au milieu de la plupart de ses collègues, parfaits produits de la technocratie culturelle, celle que conteste justement Marc Restellini et qui s’appelle la Direction des Musées de France.

Agrandissement
Fort de sa réussite, il a décidé d’agrandir son lieu, en ajoutant 3000 m2, dans une annexe, pratiquement en face de l’actuel espace d’exposition qui, à cause de son exiguïté, n’offre pas toujours une mise en espace valorisant les œuvres. En ouvrant ce nouvel espace, il augmente donc sa surface d’exposition mais cela lui permet avant tout d’y installer une collection permanente, composée de dépôts d’œuvres prêtées par des collectionneurs privés, à plus ou moins long terme. En somme, il ne s’agit pour Restellini, ni plus ni moins que de la naissance d’un musée, ce que Paris n’a pas connu « depuis des temps immémoriaux », selon lui.

Il y a eu de nouveaux musées construits pour des collections déjà existantes, le centre Pompidou ou le musée du quai Branly par exemple, mais son projet concerne aussi le contenu. Celui qui conçoit et donne vie au musée, c’est le collectionneur, dit le directeur. Et de rappeler que Le Louvre sans les Rotschild, les Camondo, les Moreau Nélaton, ou la National Gallery sans les Mellon, le Modern Art sans les Rockfeller, n’existeraient pas. D’où l’idée pour porter son futur nouveau musée sur les fronts baptismaux, de le faire parrainer le temps d’une exposition – jusqu’au 29 mai 2011- par deux grands collectionneurs européens, « parmi les plus anciens et les plus remarquables » : les Romanov et les Esterhazy, dont les collections remontent au XVII° siècle. Le temps nécessaire au directeur pour étoffer et réorganiser sa collection.
Car, dans cette première configuration, cette nouvelle collection semble comme prise en sandwich entre les œuvres prêtées par le musée l’Ermitage, au rez-de-chaussée et celles provenant du musée des Beaux-Arts de Budapest, au sous-sol. Pour l’instant, une centaine de tableaux, provenant d’une quarantaine de collections privées, a pu être réunie. On y trouve toutes les écoles, toutes les époques, tous les pays, l’argument du concepteur étant de présenter les œuvres comme dans un cabinet de curiosités ou d’amateur, qui arrange ses œuvres selon son goût, ses critères esthétiques. Sans crainte de faire se juxtaposer un Gaston Chaissac avec un Ghirlandaio ou un Miquel Barcelo avec une splendide volaille de Carstian Luyckx du XVII° siècle. Une présentation transversale, précise le directeur.

Chefs-d’œuvres
Avant de pouvoir satisfaire leur curiosité et découvrir les œuvres de cette nouvelle collection, les visiteurs commenceront leur parcours avec le choix d’une centaine d’œuvres collectionnées par les Romanov. Un parcours qui articule son accrochage de manière chronologique, suivant les règnes des tsars collectionneurs. Avec Pierre le Grand, c’est la passion pour l’art hollandais dont témoignent des œuvres de Rembrandt et de Rubens. Catherine II, par l’entremise de Diderot et du baron Grimm, acquiert d’importantes collections, celle du banquier Pierre Crozat et celle du comte Baudouin, qui fait la part belle à Nicolas Poussin, Nicolas Lancret, Jean-Baptiste Greuze, Jean-Baptiste Siméon Chardin. Quant à Alexandre I°, il enrichit les collections impériales de maîtres espagnols, tandis que Nicolas I° mise sur les tableaux italiens dont plusieurs Titien mais l’œuvre choisie et présentée dans l’exposition, Le Christ Tout-Puissant (1488/1490), retient moins l’attention que le Portrait du vieillard de Ghirlandaio ou le Portrait de jeune femme de profil de Sofonisba Anguissola.

Au sous-sol, c’est une cinquantaine de tableaux provenant de la collection des Esterhàzy, princes collectionneurs hongrois, qui est présentée. Une présentation par écoles, où l’école italienne domine, suivie par la hollandaise et la flamande. Avec quelques chefs-d’œuvre, qui à eux seuls valent le déplacement : La Vierge et l’enfant avec le petit Saint Jean de Raphaël, sublime de beauté et de grâce, Les Pèlerins d’Emmaüs du Tintoret, œuvre étonnante dans sa composition et ses tons mais aussi un Paysage montagneux de Brueghel l’Ancien, dans une palette de bleus qui accroche l’œil et étonne par sa modernité. Le classicisme français est représenté par de belles œuvres de Claude Lorrain (Une villa dans la campagne romaine), de Pierre Mignard (Clio), de Philippe de Champaigne (Portrait de Henri Groulart), de François de Nomé (Intérieur d’une église imaginaire).
Ce nouveau lieu avec ses trois expositions, autour du thème de la naissance d’un musée, est un projet ambitieux qui a certes un coût (celui des travaux  : 3,5 M. d’euros, de l’investissement de base pour le fonctionnement : 5M. d’euros). Mais Marc Restellini, en homme d’affaires avisé, reste confiant car il n’y a pas de raison que sa formule jusqu’ici gagnante – constituée par les entrées, les recettes de la boutique et celles de l’événementiel, ainsi que des apports d’investisseurs privés (russes ou asiatiques ?) ­– ne fonctionne plus.

Régine Kopp

- « Romanov, Tsars collectionneurs - L’Ermitage, La naissance du musée impérial » – jusqu’au 29 mai.
- « Esterházy, princes collectionneurs - la naissance du musée » – jusqu’au 29 mai.

Voir en ligne : Pinacothèque de Paris

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