Paris, Musée Jacquemart-André : Van Dyck

, par  Régine KOPP , popularité : 16%

Pour la première fois en France, le grand peintre flamand (1599-1641) fait l’objet d’une exposition monographique, au Musée Jacquemart-André, qui réunit une trentaine de tableaux et une dizaine de dessins, prêtés par de prestigieux musées.

Preuve en est que ce n’est pas tant l’accumulation d’œuvres qui fait la qualité d’une exposition que la richesse des œuvres exposées. La conception des deux commissaires, Alexis Merle du Bourg et Nicolas Sainte Fare Garnot, propose un parcours qui suit la carrière de l’artiste, composé de quatre temps forts. Pour donner l’illusion au visiteur des grandes demeures bourgeoises, Hubert Le Gall a imaginé une scénographie originale.

Stupéfiante dextérité
Dans la première salle, qui correspond à la première période anversoise (1613-1620) et au premier séjour en Angleterre, il faut bien avoir à l’esprit que la dextérité stupéfiante avec laquelle Van Dyck exerce l’art du portrait, est celle d’un jeune homme qui a entre 17 et 20 ans. En 1617, il entre dans l’atelier de Rubens, devenu son mentor, comme l’est Titien. Deux maîtres qui lui transmettront un goût de la richesse chromatique, une attention aux subtilités de la lumière, une délicatesse des clairs-obscurs. Que ce soit le Portrait d’un vieillard (vers 1617), le Double Portrait d’un homme et de son épouse (vers 1618), il dépasse l’austérité et la rigidité du portrait bourgeois anversois. Quant au Portrait de famille, prêté par le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, c’est une vraie tendresse qui s’en dégage, et réchauffe le climat des représentations familiales, trop solennelles.
C’est en Italie, où il se rend de 1621 jusqu’en 1627 – deuxième temps fort du parcours de l’exposition – qu’il va perfectionner son art, en explorant la richesse chromatique des Vénitiens du Cinquecento mais aussi en cherchant à dynamiser ses compositions.

Au service de la vérité humaine
Son Autoportrait (1622) nous le montre sûr de lui mais en même temps, on sent le temps qui le traverse et fragilise son être. A côté des portraits aristocratiques, qu’il réalise en mettant les modèles en situation, il représente des artistes, embellissant ses modèles pour les élever au-dessus de leur condition véritable. A son retour d’Italie, Van Dyck confère à ses portraits une présence vivante d’une rare intensité. Il magnifie ses modèles en tirant profit de la mode française, plus seyante auprès des femmes des élites urbaines, comme dans le Portrait de Maria de Tassis, enveloppée de plumes et de broderies qui mettent en valeur la pureté du visage.
Appelé par Charles I° à la cour, l’artiste fixe pour la postérité l’image du souverain et de sa famille. Dans le Portrait de Charles I° en habit de la Jarretière, il est au sommet de son art, liant dans un même être l’exigence de noblesse et la fragilité des corps, entourant le visage du roi d’un halo de mélancolie. Il joue des codes du portrait pour réunir dans une même représentation la vérité de l’homme et la grandeur du souverain. A la cour des Stuarts, ses modèles, que ce soit John Belasyse (portrait de 1636) ou Mary Killigrew (portrait de 1638), témoignent d’une grande impassibilité que vient subtilement contrebalancer la chatoyance des costumes. Arriver à concilier dans la représentation une aspiration à l’éternité et la manifestation des profondeurs affectives, est le tour de force que réussit le portrait vandyckien.

Régine Kopp

Exposition jusqu’au 25 janvier 2009.
www.musee-jacquemart-andre.com

Voir en ligne : Musée Jacquemart-André

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