Paris : Sélection danse no. 211

, par  Stéphanie NEGRE , popularité : 14%

Au Théâtre de la Ville, Sweet Mambo
Du 7 au 30 janvier, le Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch honorait de sa présence le Théâtre de la Ville, institution parisienne qui lui est fidèle depuis 1978. C’était l’occasion de revoir Wiesenland, œuvre de voyage créée en 2000 à l’issue d’un séjour de la compagnie à Budapest, et de découvrir Sweet Mambo, la nouvelle pièce de la chorégraphe allemande.
Avec Sweet Mambo, Pina Bausch nous plonge dans le monde faussement doux de la séduction. Au gré des scènes de tanztheater, solos, danses de groupe et interventions dramatiques, six femmes vêtues de somptueuses robes de soirée charment, séduisent, affrontent trois hommes en costume sombre. Tantôt graves, tantôt burlesques, les scènes se succèdent sans logique apparente tandis que d’autres, récurrentes, rythment l’œuvre. Quand Pina Bausch nous ouvre une porte, elle aime à la refermer promptement, pour la rouvrir quelques temps plus tard. Il reste au spectateur à se laisser porter par les mille émotions qui se dégagent de l’ensemble, naviguer entre les différents degrés, s’y retrouver dans un monde sans repère et mouvant, telles les voiles qui encadrent la scène et flottent dans le vent. Les morceaux de pop music très divers qui se succèdent – Portishead, Brian Eno pour ne citer qu’eux – brouillent les pistes. Monde sans repère, sans vérité figée, la séduction est parfois douce comme les caresses de l’amant sur le corps de celle qui l’aime. Las ! elle devient amère pour celle qui sera abandonnée puis trop vite oubliée. Toutefois, comme le dit une des danseuses, « la vie c’est comme le vélo, ou tu roules ou tu tombes ». Même si elle tombe, la séductrice se relève. Pour preuve, dans ces soirées mondaines où elle s’ennuie à mourir et où la gent masculine tout à son mâle égoïsme l’ignore, elle arbore son plus beau sourire, enjôleur, conquérant et prend des poses lascives, promesse de plaisirs. Si la séduction est bien douce, elle conserve une pointe d’acidité. Audacieuses mais fragiles, émouvantes et conquérantes, ainsi sont les héroïnes bauschiennes d’un Sweet Mambo aussi voluptueux qu’il peut apparaître cruel. Comme la vie. Splendeur et misère des femmes fatales.

« Sweet Mambo »
photo Laurent Philippe

Au Limonaire, le Cirque des mirages
C’est au Limonaire, café concert du faubourg Montmartre, que le Cirque des Mirages donnait, les 21 et 22 janvier derniers, une de ses représentations. Duo formé par Yanowski, auteur et interprète des textes, et Parker qui l’accompagne au piano, le Cirque des Mirages propose un spectacle de cabaret dans la grande tradition de la chanson expressionniste.
D’emblée, le ton est donné par Yanowski qui intime au spectateur de fermer les yeux et de se laisser transporter dans un autre monde mais point besoin de cet artifice pour se laisser transporter dans un autre monde, le talent d’évocation de l’artiste est impressionnant. Dès les premières paroles de l’ouverture, nous sommes bel et bien ailleurs, à New-York en 1873 précisément. Nous n’allons pas y rester longtemps. Nous allons être, entre autres péripéties, à Vienne avec un artiste que des huissiers veulent expulser, chez un autre dont le chat, enfermé dans la cuisine, est devenu monstrueux. Nous allons défier la Mort venue réclamer son dû plus tôt que prévu, jouer une partie de carte endiablée… avec le diable, chercher dans un bordel une catin fantôme, nous retrouver dans un règlement de compte à Pigalle digne des tontons flingueurs. Les textes sont ciselés, riches en références à la littérature fantastique – les maîtres Gautier, Nerval et Poe ne sont pas loin. La présence scénique de Yanowski est immense, lui qui arrive, à chaque chant, à nous faire partager les émotions de personnages plongés dans des situations pour le moins atypiques. Le piano de Parker ne se contente pas de créer les atmosphères, il est un personnage à part entière, loyal à son chanteur, avec une once d’impertinence. Voyage dans le temps et dans l’espace, le Cirque des Mirages offre un spectacle d’une rare qualité que les amateurs de littérature française, de peinture symboliste et de cinéma en noir en blanc ne devront rater, pour leur plus grand bonheur, sous aucun prétexte.
Dans un cadre du début du XXème siècle, le Limonaire est un café concert qui propose des concerts de chanson française, des spectacles de cabaret et certains soirs des projections de film muet accompagnées au piano. Situé 18 Cité Bergère, l’établissement fait aussi restaurant et bar à vin. Voir toute la programmation sur le site http://limonaire.free.fr.

Sur les scènes parisiennes, sélection danse pour avril et mai 2009
Sur les scènes parisiennes, les mois d’avril et mai vont être riches de propositions très diverses.
Pour la danse contemporaine, citons, au Théâtre de la Ville, quatre œuvres de William Forsythe par le Ballet de l’Opéra de Lyon du 7 au 16 avril 2009. A l’Opéra de Paris, il ne faudra pas manquer Onéguine de John Crancko du 16 avril au 20 mai 2009, pépite rarement dansée sur les scènes parisiennes. Le Théâtre des Champs-Elysées accueillera le Ballet de Saint-Petersbourg pour le Lac des cygnes les 22 et 23 mai 2009 et La Bayadère le 24 mai 2009.

Stéphanie Nègre

Brèves Toutes les brèves

  • Paris : Alfred de Musset

    Pour sa première mise en scène avec la Troupe de la Comédie Française qu’il connaît bien pour avoir (...)