Paris : Voir l’Italie et mourir

, par  Régine KOPP , popularité : 9%

L’Italie fascine depuis toujours et rarement un pays n’aura été si
passionnément peint, dessiné ou photographié. L’exposition du Musée d’Orsay propose, jusqu’au 19 juillet, un voyage à la découverte des représentations du paysage italien au XIXe siècle, que ce soit sous forme de peinture ou de photographie.

A la fin du XVI° siècle, l’aristocratie anglaise entreprenait une sorte de voyage initiatique à travers l’Italie, à des fins éducatives, puis au XIX° siècle, c’est la bourgeoisie qui découvre les plaisirs du tourisme et rapporte de ses périples non plus seulement des tableaux mais des albums de photographies. Avec l’invention de la photographie en 1839, la conception du paysage, de l’art et de l’architecture telle qu’elle était transmise jusque-là, va radicalement changer. Le visiteur de l’exposition est convié à une visite en Italie avec le regard du XIX° siècle. Le voyage a été conçu par le président du musée d’Orsay, Guy Cogeval, en collaboration avec le directeur des collections photo du Stadtmuseum de Munich, Ulrich Pohlmann, auquel s’est associée Françoise Heilbrun, conservateur en chef au musée d’Orsay.

Résultats originaux
Le point de départ évoque la découverte du paysage italien pour toute une génération de peintres du début du XIX° siècle : Loggia à Rome de Pierre-Henri de Valenciennes, Promenade de Poussin de Camille Corot, Naples de Thomas Jones témoignent d’une sensibilité qui pousse ces artistes à apprécier la nature pour elle-même, sans le prétexte mythologique ou religieux. On passe ensuite à la section intitulée excursions dagueriennes. Le nouveau médium qu’est la photographie s’impose très rapidement sous la forme du daguerréotype, qui permet de reproduire la nature de manière objective et précise. L’écrivain John Ruskin en avait rassemblé une importante collection pour son ouvrage Pierres de Venise et plusieurs plaques sont présentées.

Le Grand Tour
Une troisième étape évoque l’école romaine de la photographie, des artistes venus de la peinture mais qui se retrouvent au Caffè Greco à Rome, Via Condotti, pour échanger sur les techniques nouvelles du négatif papier. Des résultats originaux auxquels parviennent ces artistes, les Français Frédéric Flachéron ou Paul Jeuffrain, l’Anglais James Anderson ou l’Italien Giacomo Caneva. A leurs œuvres photographiques répondent les œuvres picturales de Jean Léon Gérôme ou Carl Blechen.
Le cœur de l’exposition baptisé Le grand Tour, propose une visite de la Péninsule à travers une sélection de photographies signées Alinari, Giorgio Sommer, Carlo Naya, Robert MacPherson. Car, à partir de 1860, avec l’essor du tourisme, les ateliers et comptoirs de vente des photographes se développent. Les artistes rivalisent d’imagination et Michelangelo Barberi va jusqu’à créer un plateau de table ronde en mosaïques multicolores, sous le titre, Vingt-quatre heures à Rome (1839) une pure merveille prêtée par le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg. L’unification de l’Italie avec l’émergence de mouvements révolutionnaires dès 1848 et trois guerres d’indépendance concerne également les photographes comme Eugène Le Gray (Palerme : barricade, juin 1860) et les peintres comme Giovanni Fattori (La Sentinelle,1871). Sur les traces de l’Antiquité, les voyageurs et les artistes sont particulièrement friands de fouilles. Des photographies des fouilles du Palatin, du forum romain, réalisées par John Henry Parker ou d’excavation de Pompéi et des moulages des corps des habitants surpris par l’éruption du Vésuve, signées par des photographes locaux, sont regroupées dans une section à connotation archéologique.
Contrairement aux voyageurs modernes, curieux de connaître la population locale, les voyageurs du XIX° siècle considéraient le peuple italien avec condescendance. Toute une section expose les photographies de Giorgio Sommer et Carlo Naya où défilent lazzarone, pifferari, écrivains publics, mangeurs de macaronis. Des Etudes pour artistes, destinés aux peintres et sculpteurs constituent ainsi une branche importante de la production photographique. La dernière étape de ce voyage en Italie regroupe tous les photographes du courant pictorialiste, qui entendaient promouvoir leur médium comme une forme d’expression artistique à l’égal de la peinture. On retiendra des artistes comme Hugo Henneberg ou Heinrich Kühn qui expriment leur vision symboliste de l’Italie dans des épreuves à la gomme bichromatée, plus proches d’un dessin que d’une photographie. Des œuvres qui sont rapprochées des tableaux symbolistes d’Arnold Böcklin (Ruine au bord de la mer, 1880) ou Hans Thoma (Sieste, 1889). A tous ceux qui voudraient en savoir plus, un catalogue particulièrement bien fait dans sa forme et son fond, peut prolonger cette visite, ce qui ne nous dispense pas de retourner sur le terrain, pour jouir in situ des beautés de ce pays.

Régine Kopp

Musée d’Orsay. « Voir l’Italie et mourir. Photographie et peinture dans l’Italie du XIX° siècle ». Juqu’au 19 juillet.

Voir en ligne : Musée d’Orsay

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