Genève, Saint-Gervais

, par  Rosine SCHAUTZ , popularité : 13%

Questions posées par quelques spectacles de la nouvelle saison du Théâtre Saint-Gervais.

Du 31 octobre au 4 novembre : présentation du nouveau texte de Rodrigo Garcia, monté en première mondiale en septembre à Florence dans le cadre d’un festival européen.
Il s’agit d’une pièce dont le titre est, en espagnol, In algun momento de la vida deberías proponerte seriamente dejar hacer el ridículo . Garcia travaille cette fois encore "les lieux communs" (la publicité ; la parole stéréotypique) sujets qui lui sont chers, même si, comme le dit Macasdar, "il a déplacé le champ de sa bataille. Le texte moins frontal, moins radical contre les manifestations de la société de consommation, met à nouveau en scène les comportements, ici transformés et revisités, de ses premiers écrits."
Comme en Avignon cet été, Garcia aborde une nouvelle phase dans sa réflexion, sans renoncer à ses thématiques. Les questions sont les mêmes, le traitement est différent. Texte à découvrir, donc, notamment parce qu’il s’inscrit dans le fil d’une collaboration, initiée en 1999, qui permet à un public donné de comprendre comment une œuvre originale se développe, évolue, se transforme.

Rugosité et vacuité
Du 20 novembre au 2 décembre : spectacle Ramuz , mis en scène par F. Chattot, actuel directeur du Théâtre de Dijon. A voir ne serait-ce que pour retrouver la rugosité d’une langue, souvent moins bien connue qu’on ne le croit, servie ici avec âpreté par Martine Schambacher. Il ne s’agit pas de l’adaptation d’un roman ou d’une nouvelle, mais d’un montage de morceaux choisis, une succession de fragments pris dans l’œuvre entière. Ces textes, dits par une femme, donnent une autre visibilité, une autre voix au sens strict du terme, à l’écriture de Ramuz.
Du 12 au 16 décembre : Pyrrhus Hilton in Saint-Gervais. Il s’agit de la fin du dialogue de Marielle Pinsard avec Andromaque, travail que l’on a pu suivre à Saint-Gervais ces dernières saisons. La question posée ici est : "Quel serait aujourd’hui l’écho dans notre société des personnages de Racine, en particulier d’Andromaque ?"
"Pinsard s’intéresse à la vacuité", précise Macasdar. "Elle s’intéresse à ce qui fait que l’on n’est pas motivé, que l’on se cherche des alibis pour certaines causes, certaines idées, certaines représentations du monde, qui, au fond, ne nous motivent pas du tout".
Le dispositif de la pièce consiste en l’annonce de l’arrivée d’Andromaque, qui ne vient pas. L’absence d’Andromaque est posée d’emblée et le spectacle se fait avec tous les autres personnages, sauf Andromaque. Là aussi, en écho peut-être à Garcia, une oeuvre qui traite des lieux communs, des clichés, des "mythologies".

“Sauve qui peut” pas mal comme titre – du 17 au 21 mars. Un spectacle de Tg STAN. Photo : Herman Sorgeloos

Figuration et mythologie
Du 8 au 26 janvier : Les Figurants . Une pièce qui tient à la fois de Pirandello et de Brecht, et qui va loin dans la question du rôle que l’on joue, ou pas, et notamment lorsqu’on ne joue plus le rôle qui nous est imposé. C’est l’histoire d’un spectacle qui doit démarrer, avec ses acteurs principaux, ses protagonistes et ses figurants. Les figurants décident d’enfermer dans les loges les protagonistes. Ils se retrouvent donc de facto sur la scène, et là, que faire ? "On est dans le thème de la figuration dans le théâtre, dans la vie, dans le thème de la figure, du nom générique (les figurants), du nom propre ou de l’absence de nom. Le thème de l’insurrection également, de la révolution, de la transformation. Le thème de se mettre à la place de l’autre, de trouver sa place. C’est une pièce vertigineuse, et drôle à la fois, fouillée, baroque." remarque Macasdar.
Le spectacle sera mis en scène par J.-P. Wenzel, un des pionniers du théâtre du quotidien, auteur du fameux Loin d’Hagondange - monté en 1977 par Chéreau -, ancien acteur chez Brook (Timon d’Athènes), et il sera joué par un collectif de jeunes comédiens issus de l’ESAD.

Du 18 au 26 janvier : Winkelried . On se souvient du héros légendaire de la bataille de Sempach en 1386, qui s’est projeté sur les lances ennemies afin d’ouvrir une brèche dans les lignes adverses. Ici, c’est la question de la Suisse qui est mise en jeu. Comment vivre en Suisse ? Pourquoi s’engager ? Qu’est-ce qu’un héros ?, série de réflexions qui interrogent de front la mythologie suisse. Un autre lieu commun ?

En février, théâtre iranien (Siah Bâzi), à ne pas manquer, Saadi, agence de gaieté , puis une pièce jouée par des prisonniers en régime de semi-liberté sur laquelle nous reviendrons, puis en mars un spectacle de tg STAN , la très célèbre troupe flamande, et enfin le projet de Ch. Geffroy, qui tourne autour du thème du répertoire, avec en sous-texte la question : "qu’est-ce qu’un classique ?", réflexion qu’il mènera tout au long de l’année, avec des représentations sous forme de pré-spectacles, "type connaissance du monde version connaissance du théâtre" commente Macasdar, qui déboucheront fin avril sur un spectacle final intitulé Pour la libération des grands classiques. Grands classiques, grands fauves ?

Rosine Schautz

http://www.sgg.ch/theatre

Voir en ligne : Théâtre Saint-Gervais