Genève, Théâtre en Cavale

, par  Claudia CERRETELLI ROCH , popularité : 12%

Miguel Fernandez, résidant 180 jours par an au théâtre Pitoëff avec son Théâtre en cavale, qui était le théâtre « le caveau », peut être satisfait. Les abonnements sont en augmentation constante, il parle même de surrégime…
Le public ne boude visiblement pas le plaisir d’une programmation à la fois accessible et exigeante. Cette année, les choix des pièces poursuivent l’objectif : « de belles histoires, un bon moment de théâtre, et surtout plus de questions que de réponses ». Tout un programme…

Il fonctionne « au coup de cœur » et à la confiance, Miguel Fernandez : « Je connais personnellement toutes les personnes qui viennent travailler ici. Je connais leurs univers artistiques, même si j’accepte d’être bousculé par rapport à certains choix. Je dirais même que je le souhaite… Du point de vue des questions posées par le théâtre, que j’estime être un large espace de démocratie, au sens noble du terme, j’ai une exigence : je ne veux pas de théâtre
nihiliste. »
Qu’est-ce qu’un théâtre nihiliste, à ses yeux de metteur en scène ?
« C’est un théâtre dont on ne sort que défait, sans question ouverte. Je ne veux pas de solutions toutes prêtes, ni heureuses, ni sombres. En effet, le noir existe et il mérite d’être traité. Mais contrairement aux punk, je dirais qu’un futur existe, que nous sommes des hommes debout, ou du moins c’est à eux que je m’intéresse. Des hommes debout, ce sont des hommes qui envisagent un avenir. »

Le procès de Shamgorod, photo Emilie Batteux

Bonne histoires
Excellente transition sur la pièce créée cette année par Miguel Fernandez, une pièce qui traite des pogrom. En effet, Elie Wiesel, journaliste, romancier, conférencier et prix Nobel, s’est laissé tenter par l’écriture du Procès de Shamgorod , que nous pourrons voir du 2 au 25 novembre. Pour Miguel Fernandez, dans cette pièce de théâtre, ce n’est pas l’homme, mais Dieu qui doit rendre des comptes sur le génocide des juifs. L’histoire est à la fois simple et complexe : trois baladins juifs débarquent à Shamgorod pour célébrer Pourim avec le communauté juive locale.
Malheureusement, un pogrom vient d’avoir lieu, dont les seuls survivants sont l’aubergiste et sa fille. S’improvise une cour, avec l’aide des trois baladins, qui s’adonne au jugement de Dieu.
Pourquoi Dieu ? Parce qu’il a laissé faire. D’ailleurs, où était-il ? Et, surtout, selon Miguel Fernandez, comment être « debout » après une preuve si flagrante de l’échec de l’humanité ? « Elie Wiesel, alors qu’il était dans un camp, assiste à la pendaison de trois personnes, dont un jeune de douze ans. L’enfant est trop léger, et on ne parvient pas à le pendre. C’est à ce moment-là que l’auteur du Procès de Shamgorod se pose la question du « comment cela est possible ? » Pour un croyant, cette question est posée à Dieu. Et Dieu de se défendre, d’argumenter, de défendre la création et la soumission au créateur. C’est ici que Elie Wiesel décide que l’homme a le devoir de se rendre plus autonome face à Dieu, de faire face et de défendre la création envers et contre tout. C’est ainsi, aussi, que Miguel Fernandez parvient à son objectif, représenter un homme « debout », malgré tout. L’audience, qui devrait avoir lieu dans une auberge, se produit dans un cimentière. Et pourtant, malgré la gravité du sujet, la pièce a sa dose de légèreté, également, tout comme les autres pièces du programme : les baladins ont également une fonction comique.

... et racontars
On pourra, en parlant de comique, applaudir la pièce suivante, La vierge Froide (du 30 novembre au 16 décembre), magnifique choix de racontars poétiques et joyeux venus des grands froids. Certains, comme celui de la fête du cadavre, qu’on met à table et dont on célèbre la vie à coups de verres dans le nez, sont hilarants. D’autres, moments de poésie romantique, comme la vierge froide, sont plus profonds. En effet, dans un monde de solitude polaire, des hommes envisagent le partage monnayé d’un fantasme… On pourra admirer, ensuite, le retour du mime Carlos Martinez ( du 11 au 27 janvier), qui était déjà venu au théâtre « Le caveau ». Son objectif sera un « best-of » des 25 années carrière. Du 4 au 20 avril, un spectacle lausannois clôturera sa tournée romande à la salle Pitoeff. Ce sont les Liaisons dangereuses  de Christopher Hampton. Cruauté charme et séduction seront au menu de cette histoire fascinante. Du 25 avril au 4 mai, Kressman Taylor proposera  Inconnu à cette adresse , qui s’intéresse aux dérives meurtrières de l’histoire et à ce qu’elle contient de terrifiant pour qui n’en retire aucune leçon. Philippe Lüscher et Edmond Vuillod seront de la partie. Ce sera l’aboutissement – encore un – de la tournée romande. Mais la saison ne sera pas terminée, après cela… le 11 mai, on pourra s’enivrer lors d’une Nuit de la Poésie

Claudia Cerretelli

Pour de plus amples informations : http://www.cavale.ch

Voir en ligne : Théâtre en Cavale