Genève : Outrage au Grütli

, par  Sophie EIGENMANN , popularité : 8%

La nouvelle saison du Théâtre du Grütli ou Grü ou Transthéâtre s’intitule Outrage. Co-dirigé depuis quatre ans par Maya Bösch et Michelle Pralong, ce lieu de création et de réflexion contemporaine a construit son identité sur la transdisciplinarité.

Outrage
Cet intitulé vient du besoin de la transgression. Dans leur éditorial de saison, Michelle Pralong et Maya Bösch expliquent : « Quelque chose est perdu de l’efficace théâtrale sans la borne dépassée, la malhonnêteté, la maldisance, la malversation. De tout temps, le coup (sale ou mauvais), l’injure et le crachat ont fait gonfler les voiles du théâtre. Il faut outrer pour montrer, attenter pour réveiller. Outrager les morts, pour secouer les vivants  ». On retrouve cet Outrage chez Peter Handke, auteur d’Outrage au public, Shakespeare avec Titus et Macbeth, ou encore chez Gomez Mata. Cet Outrage est aussi imaginé en réponse à la violence sociale de notre temps.

Le 21 septembre, ouverture de saison du Grütli
Crédit photo : Régis Golay - FEDERAL

Présentation de saison
Le 21 septembre dernier, le Grü a une nouvelle fois marqué le coup en faisant circuler dans Genève un bus empli de fumée. Vers 17 heures, une centaine de personnes – comédiens, journalistes, auteurs, public - avaient pris place sur des chaises éparses dans la White box du deuxième étage de la Maison des arts du Grütli. En préambule, Maya Bösch et Michelle Pralong ont commencé par baisser les stores pour plonger la salle dans le noir avant d’accueillir l’assistance avec « Summertime » de Janis Joplin. Fidèles à leur ligne radicale, elles ont entièrement présenté leur saison dans le noir. Entrecoupés d’interventions sonores, les différents metteurs en scène, comédiens et auteurs invités ont aussi pris la parole pour répondre à des questions sur leur travail. Vraiment attentif car sans échappatoire, le public s’est laissé guider dans l’obscurité à travers un vaste programme construit autour de créations, de performances et d’interventions artistiques. Au final, une jolie manière d’entrer dans l’univers du Grü qui sait accompagner les risques qu’il prend par une vraie réflexion sur le théâtre et le texte aujourd’hui.

Quelques directions
Nouveauté cette année, l’écriture est intégrée au théâtre avec la création de zones spécifiques réservées à son exercice. Différents auteurs y sont installés pour une à deux semaines ou pour plusieurs mois. Le but de cet accueil est de faciliter la collaboration et la rencontre entre les professionnels du théâtre.
Deux artistes associés accompagnent Outrage : la scénographe Sylvie Kleiber et le performeur Yann Marussich. La transdisciplinarité est donc à nouveau garantie. Elle est aussi célébrée par Lectures rebelles, rencontres autour d’un auteur avec Carlo Brandt à la lecture et Polar à la musique. La danse est aussi présente par le biais du travail de Cindy Van Acker, de Marcela San Pedro et du transsexuel chinois Jin Xing.

« Sous la glace » mis en scène par Andrea Novicov
Photo de répétition

Diagonale
Avant la fin de l’année, Oskar Gómez Mata crée Suis à la messe, reviens de suite , Christian Geoffroy Schlittler imagine A l’ouest de l’homme de Sébastien Grosset en western entièrement féminin, Andrea Novicov s’attaque à la fable politique Sous la glace de Falk Richter. Début 2011, Guillaume Béguin met en scène La Ville de Martin Crimp puis Mathieu Bertholet réinvente les textes de Rosa Luxemburg dans L’avenir seulement . Au printemps, Stanislas Nordey revient au Grü avec My secret Garden de Falk Richter, Armel Roussel met en scène Ivanov/Remix d’Anton Tchekhov et la saison théâtrale du Grü se clôt avec deux textes de Shakespeare : Titus Andronicus mis en scène par Cédric Dorier et Macbeth, L’aimé du peuple par Sandro Palese.
Un Outrage de qualité caractérisé par une formidable densité.

Sophie Eigenmann

Plus d’informations : www.grutli.ch ou 022 328 98 68

Voir en ligne : Théâtre du Grütli

Publié dans Scènes Magazine no. 227