Paris : Comédie Française

, par  Régine KOPP , popularité : 13%

Diriger une institution telle que la Comédie Française, quand on est issu de son sérail, demande à l’administrateur de déployer non seulement des talents de diplomate, mais aussi de visionnaire dans l’élaboration de la programmation.

Muriel Mayette, qui entame sa troisième saison et choisit comme ligne conductrice le thème de la fidélité, fidélité aux enjeux et à l’éthique de la Maison, semble être tout à fait à l’aise, ayant su gérer habilement la polémique autour de la salle de la MC93 à Bobigny sur laquelle elle avait des vues mais aussi l’éviction arbitraire de la doyenne de la troupe Catherine Hiégel. C’est donc avec sérénité qu’elle a pu présenter la prochaine programmation.

Le rideau se lèvera dans la salle Richelieu (862 places) à partir du 18 septembre avec trois reprises : L’Avare, qui connaît une fréquentation à 100%, La Grande Magie et Les Oiseaux, qui sont également des spectacles plébiscités par le public. C’est le 16 octobre qu’aura lieu la première création dans la salle Richelieu : Andromaque de Jean Racine, que Muriel Mayette, désireuse de garder le contact avec la troupe, mettra en scène comme « la tragédie du dire », où de jeunes corps sont en proie aux contradictions entre devoir et passion.

Le 4 décembre, cette même salle accueillera le metteur en scène Jérôme Deschamps dans un répertoire qu’il maîtrise en grand virtuose, signant la mise en scène d’Un fil à la patte de Georges Feydeau. Le début de l’année 2011 (première le 5 février) verra pour la première fois l’entrée du théâtre américain au répertoire de l’illustre maison avec Un tramway nommé désir de Tennessee Williams, dont la mise en scène est confiée à Lee Breuer, électron libre de la scène américaine, qui explore les liens entre le théâtre et les autres arts.

Le 2 avril, le public aura rendez-vous avec L’Opéra de Quat’sous de Bertold Brecht et Kurt Weil, monté par Laurent Pelly, connu pour ses mises en scènes d’opéra et qui aura fort à faire, car la mise en scène signée par Bob Wilson pour le Berliner Ensemble, la saison passée, a mis la barre très haute. C’est avec un retour aux Anciens que se terminera la saison, le 21 mai, puisque Denis Marleau, metteur en scène de l’image et de l’oratorio montera Agamemnon de Sénèque.

Théâtre du Vieux-Colombier
Depuis quelques années, la troupe se produit également dans deux autres salles : le théâtre du Vieux-Colombier (300 places) et le Studio-Théâtre (136 places). Au théâtre du Vieux-Colombier, ce sont cinq créations qui viendront compléter la programmation de la salle Richelieu. Hommage à Molière (23 septembre) avec une nouvelle mise en scène des Femmes savantes, signée Bruno Bayen, personnalité polyvalente, à la fois romancier, auteur dramatique, directeur de théâtre, traducteur et metteur en scène de théâtre et d’opéras. Le 24 novembre, Lilo Baur, née en Suisse et qui a joué avec Simon Mc Burney et Peter Brook, fascinée par le théâtre russe mettra en scène Le Mariage de Gogol. Un peu plus tard dans la saison (29 mars 2011), elle mettra en scène Le conte d’Hiver au théâtre des Abbesses. Le bureau des lecteurs a choisi la pièce de Fausto Paravidino, La Maladie de la famille M., une pièce de troupe que l’auteur mettra en scène le 19 janvier 2011, « demandant aux acteurs de se servir de leur art non pas pour montrer quand ils sont différents de nous, mais quand leurs personnages nous ressemblent… ». La saison du Vieux-Colombier s’achèvera (11 mai) avec une nouvelle création d’une pièce somme toute classique, On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset, à laquelle Yves Beaunesne qui vient de monter Lorenzaccio, apportera une vision originale.

Studio-Théâtre
La salle du Studio-Théâtre réserve quelques belles surprises, qu’il ne faudra pas manquer. Le 23 septembre, c’est Philippe Meyer qui a conçu un spectacle de chansons des années trente, Chansons des jours avec et chansons des jours sans, débordant d’inventivité, de liberté et de goût de la vie. En écho à la pièce de Musset au Vieux-Colombier, Nicolas Lormeau propose La Confession d’un enfant du siècle le 27 octobre. A l’écoute des comédiens et plus particulièrement des plus anciens, Muriel Mayette souligne que le choix de ses aînés étant important pour elle, elle donne carte blanche à Simon Eine pour une Esquisse d’un portrait de Roland Barthes (le 3 novembre), ainsi qu’à Jacques Seyreys qui propose A la recherche du temps Charlus, un nouveau montage et une nouvelle adaptation scénique des textes de Proust, en privilégiant le personnage de Charlus (le 9 février 2011). Il importe à Muriel Mayette qu’un acteur mette en scène ses camarades : Clément Hervieu-Léger mettra en scène (27 janvier 2011) La Critique de l’Ecole des femmes, une pièce dans laquelle Molière met en scène ses propres détracteurs, maniant férocement l’arme du rire pour mieux les ridiculiser. Le 24 mars, c’est un autre texte très connu, Poil de carotte de Jules Renard que nous pourrons redécouvrir dans la mise en scène de Philippe Lagrue, directeur technique adjoint en charge de la direction de scène à la Comédie-Française, ayant collaboré avec les grands noms de la mise en scène. Le 19 mai 2011, Anne Kessler nous fera assister à la rencontre des trois grands poètes de la chanson française Brel, Brassens, Ferré, dans un spectacle intitulé Trois hommes dans un salon. Le Studio-Théâtre, désireux de séduire un public de plus jeunes, propose deux textes qui ont tout pour plaire : Les Contes du chat perché, que Marcel Aymé destinait « aux enfants âgés de 4 à 75 ans », mais aussi Les Habits neufs de l’empereur d’Andersen, mis en scène par Jacques Allaire, familier du jeune public.

Activités annexes
A l’heure du numérique, les théâtres doivent rivaliser d’imagination pour tenter de fidéliser le public d’une part et motiver un nouveau public d’autre part, et il n’y a pas de recette miracle. La Comédie Française n’y échappe pas et propose de nombreuses activités annexes : cinéma, soirée de lecture, visite de spectacles, portrait de métiers, présentation du travail d’acteur, lectures d’auteurs contemporains. Il est vrai qu’avec une subvention de 24 486 883 millions d’euros pour 2009, la Comédie Française a un statut plutôt privilégié, même si cette subvention permet de ne payer que les personnels permanents, y compris la troupe et une partie du fonctionnement, mais n’intervient cependant pas dans le financement des spectacles. D’autres ressources sont nécessaires, provenant du mécénat, de l’audiovisuel, des tournées, publications ou produits dérivés. A noter aussi que d’importants travaux de restauration de la salle Richelieu prévus en principe à la fin de la saison 2011 jusqu’en 2012 voir 2013, vont obliger la Comédie Française à fermer ses portes. Mais que les spectateurs ne désespèrent pas, puisque l’aventure théâtrale se poursuivra hors les murs, sous un chapiteau place du Palais Royal.

Régine Kopp

Pour toutes informations, consulter le site : www.comedie-francaise.fr

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