Paris : Emotion partagée

, par  Régine KOPP , popularité : 16%

Dans son introduction à la saison 2010/2011, le directeur Olivier Py souhaite pouvoir « partager dans une émotion commune et différente pour chacun un moment de la chronique de l’humanité ». Vaste programme où les grands classiques : Dostoievski, Tchekov, Shakespeare, Marivaux, Eschyle croisent l’écriture contemporaine avec deux auteurs au cœur de la programmation, Valère Novarinat et Joël Pommerat, mais aussi Lars Noren, Jean-François Sivadi et Olivier Py.

Du 18 au 26 septembre, aux Ateliers Berthier, c’est un spectacle de dimension colossale, qui sera créé par Peter Stein, le maître de la Schaubühne de 1970 à 1987, à partir d’une œuvre–fleuve à la puissance visionnaire, I Demoni de Dostoievski, en italien surtitré, « un voyage collectif de douze heures avec entractes ».

« La Cerisaie »
© Franck Boloncle

Du 22 septembre au 24 octobre, au Théâtre de l’Odéon, Julie Brochen a choisi de mettre en scène La Cerisaie « ce chant du cygne qui n’est pas seulement la pièce la plus grave de Tchekov, mais aussi la plus cruellement drôle », avec Jeanne Balibar et Jean-Louis Coulloc’h.

Du 7 au 16 octobre, aux Ateliers Berthier, c’est un Hamlet , en russe – surtitré -, qui sera donné par le Théâtre Kolyada d’Ekaterinbourg. Peu connu en France, Kolyada, qui pratique un théâtre pauvre en moyens et riches en images, compte à son actif des années de théâtre et des centaines de pièces.

Du 9 au 13 novembre, au Théâtre de l’Odéon, Valère Novarina signe le texte et la mise en scène en hongrois surtitré de L’Opérette imaginaire , qui « nous transporte sur de nouveaux confins de ce paysage de paroles, du côté de la Hongrie ».

Aux Ateliers Berthier, Joël Pommerat s’adressera au jeune public avec, du 24 novembre au 26 décembre, la reprise de cet envoûtant Pinocchio d’après Carlo Collodi, créé en mars 2008 à l’Odéon et Le Petit Chaperon rouge , ce conte auquel il apporte la gravité, la douceur et la puissance évocatoire.

« Hamlet » par le Théâtre Kolyada d’Ekaterinbourg
© Eric Didim

Du 3 au 11 décembre, au Théâtre de l’Odéon, c’est Thomas Ostermeier, un habitué de la maison, qui nous présentera Dämonen , une production de la Schaubühne (en allemand surtitré), un huis-clos nordique, digne successeur du John Gabriel Borkman, montré la saison dernière, explorant inlassablement les malaises du couple.

Du 5 au 30 janvier, au Théâtre de l’Odéon, l’auteur et metteur en scène Valère Novarina créera Le Vrai sang , « un drame forain, un théâtre de carnaval, en ce sens que les acteurs incarnent et quittent la chair, sortent d’homme et deviennent des traces peintes d’animaux, des empreintes, des signaux humains épars… ».

Du 12 janvier au 6 février 2011, aux Ateliers Berthier, Michel Raskine propose L e Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, qu’il comprend comme « une comédie cruelle de la maturité qui ferait plutôt songer à l’histoire d’un dernier amour ».

« Pinocchio » de Joël Pommerat
© Elisabeth Carecchio

Du 4 au 13 février 2011, au Théâtre de l’Odéon, sous le titre La fin. Scénarios , le metteur en scène Krysztof Warlikowski interrogera l’époque à partir de plusieurs textes (Le procès de Kafka, Scénario pour le cinéma de Koltès et Elisabeth Costello de J.M. Coetzee) qu’il téléscope en scène « pour composer à partir de leur éclat un état des lieux de notre modernité ».
Du 2 au 27 mars 2011, Joël Pommerat poursuivra l’écriture d’une œuvre, sous le titre Ma chambre froide , avec la Compagnie Louis Brouillard.

Il y a fort à parier que le nouveau texte d’Olivier Py, dont il signera la mise en scène, au Théâtre de l’Odéon, du 16 mars au 10 avril 2011, surprendra plus d’un spectateur, car Adagio , avec pour sous-titre Mitterand, le secret et la mort, nous parlera du président, qui dès 1981 « éprouvait l’ombre de la mort, il l’avait poser sur lui en même temps ou à peu près qu’il assumait la présidence. Elle fut pour lui une interlocutrice familière, le poussant, dès qu’elle fut de ses intimes, à sculpter sa propre statue ».

Après avoir monté au cours des trois dernières saisons la trilogie de l’Orestie, Olivier Py s’attaque à la Trilogie d’Eschyle avec Les Sept contre Thèbes, Les Suppliantes et Les Perses , du 26 avril au 20 mai 2011, au Théâtre de l’Odéon.

« Dämonen » de Lars Noren selon Thomas Ostermeier
© Arno Declair

Du 27 avril au 22 mai 2011, aux Ateliers Berthier, Jean-François Sivadier crée et met en scène Noli ma tangere , « une bien curieuse machine à jouer qui puise ses ressources chez Wilde et Shakespeare et parcourt une variété de tons allant du lyrique au trivial, voir à la franche bouffonnerie ».

C’est avec Mille francs de récompense de Victor Hugo que se terminera la saison au Théâtre de l’Odéon, du 11 mai au 5 juin 2011, une production du Théâtre national de Toulouse, dont la mise en scène a été confiée à Laurent Pelly, « qui a le goût du conte, le sens du rythme, l’amour du spectacle et ce qu’il faut d’humour pour enlever sur les chapeaux de roue cette incroyable et sombre histoire ».

Olivier Py, qui a voulu placer la saison sous les regards bienveillants de Jean Genet et de Jean-Louis Barrault, rendra un hommage à ce dernier, par une projection des Enfants du paradis (le 15 novembre) mais surtout Pierre Boulez , qui a été le directeur musical de sa compagnie de théâtre et chez qui il a créé les fameux concerts du Domaine Musical, dirigera l’Ensemble Intercontemporain, le 19 novembre avec au programme, Sur Incises du compositeur et l’Histoire du Soldat de Stravinsky. Une programmation originale et riche en découvertes !

Régine Kopp

Voir en ligne : Odéon-Théâtre de l’Europe