Entretien : Cyrille Schnyder

 mars 2007
par  Firouz Elisabeth PILLET
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2007 sera une grande année. D’abord parce qu’Elisabeth Tessier a renoncé à nous servir ses prédictions erronées. D’autre part, parce qu’elle n’avait pas su prédire, dans les éditions précédentes, que deux institutions de la place souffleraient vingt bougies en l’an de grâce 2007 : Scènes Magazine, bien sûr, mais aussi les Spectacles onésiens.

En 1987, se lançant le défi de faire de la Ville d’Onex une plaque tournante de talents et de découvertes artistiques, Cyrille Schnyder-Masmejan se met en quête de coups de cœur, de découvertes insolites qui deviendront rapidement des artistes fidèles aux planches de la salle communale d’Onex. Au fil des ans, Cyrille Schnyder s’entoure d’une solide et compétente équipe et récolte les fruits de sa persévérance : un public de plus en plus conséquent, fidèle, curieux et enthousiaste. Scènes Magazine a fait le point avec la responsable des Spectacles onésiens. Rencontre.

Quel est le bilan de ces deux décennies de Spectacles Onésiens ?
Cyrille Schnyder : Avec environ 300’000 spectateurs en 20 ans, Onex a réussi à devenir un véritable satellite de la vie culturelle genevoise, attirant un public de la région genevoise et de l’arc lémanique. En lançant il y a 20 ans une programmation variée, populaire mais haut de gamme, les Spectacles Onésiens ont réussi le pari de faire conjuguer qualité et divertissement et de fidéliser un public et des abonnés sur la diversité d’une programmation, ce qui ne se faisait pas à l’époque, les lieux étant le plus souvent cloisonnés dans une programmation spécifique : théâtre, classique, jazz, etc...
L’ouverture sur les cultures du monde et l’humour et la musique sous toutes leurs formes étaient à l’abonnement dès la première saison qui a débuté le 5 février 1988. Les Récrés Spectacles et les concerts de musique de chambre ont complétés l’offre dans les années 90. La ligne est toujours la même aujourd’hui.

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Quels en ont été les temps forts ?
Beaucoup bien sûr, et il est difficile de n’en citer que quelques uns, pourtant la venue de Pierre Desproges - deux semaines avant sa mort, en mars 88, alors qu’il était déjà très malade - est indéniablement un souvenir émouvant tant humainement qu’artistiquement mais dans les rencontres exceptionnelles, je pense aussi à Stéphane Grappelli en 94, Césaria Evora lors de sa toute première tournée en 94 puis en 96, Michel Pétrucciani en 92 en trio avec son papa à la guitare ou Piano Seven avec divers guests en 88, 89, 91 et 95.
Dans les musiques du monde, j’ai eu un vrai coup de coeur pour les 80 chanteurs et chanteuses du choeur mixte d’Ukraine Kalena et leur chef charismatique, sortis pour la première fois de leur pays en 94, puis en 2000 et 2006. Des merveilleux artistes mais aussi de belles personnes aussi m’ont beaucoup touchée comme la Kabyle Souad Massi venue en 2002, 2004 et 2006, Idir (96, 99, 2003) ou LLuis LLach (90, 98) aussi entre autres... des grands moments de chanson aussi avec Allain Leprest en 2004, Nilda Fernandez en 93 et 2000, Juliette en 98 et 2003, ou Marie-Paule Belle dans un magnifique hommage à Barbara en 2003 et en 2006 avec son répertoire. En humour, je garde plein de beaux souvenirs également, Guy Bedos que j’adore et qui va revenir en mars après être déjà venu en 99 et en 2001, Alex Métayer venu en 2002, Benoît Poelvoorde, avec son unique one man show en 97, Massimo Rocchi en 90, 91 et 95 ou Michèle Bernier en 2001 et Les Poubelles Boys en 95, 96, 2000 et 2005...

Et les moments les plus difficiles, incertains ou éprouvants ?
Il n’y en a pas eu beaucoup en 20 ans mais une annulation 30 minutes avant le début du concert du Trio Espérança en 96 pour des raisons techniques et l’incendie de la salle communale en novembre 2003, deux jours avant le concert de Souad Massi puis une année SDF en ayant dû déplacer notre programmation dans différentes salles du canton... dont le Casino Théâtre où nous avions déplacé le spectacle de Dieudonné en février 2004 et qui avait été frappé d’une interdiction de jouer par le chef du DAC (finalement levée après moult agitations politico-médiatiques)... cela reste des souvenirs épiques et on y a laissé quelques nuits sans sommeil...

D’autres faits significatifs à signaler ?
L’ouverture de la salle du Manège en 2000 (salle de 220 places) a été pour nous et le public un grand bonheur, car cela nous a permis de programmer - en plus de ceux joués à la salle communale d’Onex (520 places) - des spectacles plus intimistes, et le public adore cette salle où l’ambiance est particulièrement chaleureuse. Nous avons également pu profiter de réaménager la salle communale après l’incendie en améliorant le système son, le look de la salle et le bar, et surtout nous avons pu faire aménager le sous-sol avec enfin de des vraies belles loges et un foyer pour les artistes. Nous avons maintenant de beaux outils et un certain savoir faire donc le travail est plus agréable et l’accueil public et artiste également.

Au fil des ans, quel public avez-vous fidélisé ?
C’est vraiment un public hétéroclite de toute la région genevoise, romande et frontalière. Je suis ravie de dire que nous avons un public de 3 à 93 ans car avec la programmation enfant et la diversité des spectacles proposés il y en a pour tous les goûts, sans pour autant faire de tout et de rien. Il y a une "couleur" Spectacles Onésiens, j’aime faire découvrir ce que j’ai aimé et comme je suis curieuse et éclectique mais très exigeante, je recherche toujours des nouvelles formes d’expression et de nouveaux talents sans oublier les valeurs sûres ni les classiques. De plus j’aime suivre la carrière des artistes que j’apprécie, donc je suis fidèle à certains artistes (et eux nous sont fidèles aussi !)

Après le bilan de ces 20 premières années, comment envisagez-vous les 20 prochaines ?
Le changement dans la continuité en fait ! On ne change pas un équipe qui gagne comme on dit dans le sport. On continuera d’aller de découvertes en retrouvailles. On est dans l’air du temps alors il faudra juste continuer d’en capter le meilleur... en espérant que les finances nous permettent de suivre car la concurrence se fait rude et les formules qui marchent sont souvent copiées...
J’ai lancé le Festival "Les Créatives" en 2005 pour donner une visibilité aux femmes créatives dans tous les domaines de la création artistique et du stylisme. J’espère que ce festival pourra trouver sa place et son public au fil des années car il est important que les femmes fassent partager leur regard sur le monde. Il est important que les jeunes femmes aient des modèles d’identification autre que celui, souvent affligeant, qu’on leur impose dans les clips ou les médias. Il y a des femmes d’entreprise, des femmes politiques, des femmes médecins ou autres qui sont formidables mais on n’en parle pas assez. Les artistes peuvent aussi véhiculer une image forte de la femme dans toute sa diversité. C’est un de mes objectifs, car si je regarde ma programmation en 20 ans, il y a une trop faible proportion de femmes... je dois donc me racheter. Non en fait il y a vraiment un nouveau souffle chez les femmes dans les arts de la scène notamment et c’est ce qui me pousse à vouloir leur donner une plus grande place. Avant, à quelques exceptions près, les femmes étaient le plus souvent interprètes. Moi je veux présenter de femmes qui prennent le risque de déplaire avec leurs univers à elles. C’est ça le challenge d’un artiste, même si le but est de partager des émotions et quand même finalement de séduire !

Nous sommes impatients de découvrir les vingt prochaines éditions des Spectacles onésiens, et souhaitons le plein d’énergie à toute son équipe !

Propos recueillis par Fayrouz-E. Houchi-Pillet


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