Am Stram Gram le Théâtre
Genève, Am Stram Gram : “Le Pont de pierres “

Entretien avec Dominique Catton et Christiane Suter qui mettent en scène Le Pont de pierres (et la peau d’images).

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 8 décembre 2008

par Jeremy ERGAS

Du 14 novembre au 7 décembre, Am Stram Gram Le Théâtre présente
Le Pont de pierres (et la peau d’images), une pièce du Québécois Daniel Danis - reprise par Dominique Catton et Christiane Suter - dans laquelle deux adolescents racontent les aventures de leur enfance tumultueuse. Présentation du spectacle avec le couple de metteurs en scène genevois.

Dominique Catton et Christiane Suter, vous montez Le Pont de Pierres (et la peau d’images) de Daniel Danis. En quoi cette pièce vous touche-t-elle particulièrement ?
Une première version de cette pièce nous est parvenue, sous forme de manuscrit, à l’occasion d’un voyage à Montréal, il y a plus de dix ans. La force de ce récit théâtral à deux voix – deux enfants confrontés à la guerre, à l’exil – nous a aussitôt émus, séduits. Parce que ce récit imaginaire, inspiré d’une réalité difficile vécue par des millions d’enfants dans le monde, est aussi porteur d’un formidable espoir.

Que signifie le titre : Le Pont de Pierres (et la peau d’images) ?
Ce sont deux objets-symbole de la création ; Daniel Danis plante un raccourci saisissant de deux cultures, deux croyances, deux désirs de vie. Pour Momo, le jeune garçon, le but final qui le guide sur son chemin de vie, c’est construire un pont de pierres, comme ses parents l’ont fait avant lui ; schématiquement, il est plutôt représentatif du monde occidental – faire, construire –, en opposition à la culture orientale de Mung, la jeune fille – être dans le courant, recevoir –… Ainsi, sur la peau d’images que Mung a héritée de sa famille, les rêves et les désirs de la personne qui la possède se dessinent magiquement lorsqu’elle est prête à les recevoir… Le pont de pierres comme la peau d’images représentent deux façons d’être et d’aimer le monde, deux façons de le créer.

Dans la pièce, ces deux adolescents racontent leur enfance tourmentée durant laquelle ils ont dû faire face à la guerre et à l’hostilité des hommes. Pourtant leur récit conserve de l’innocence, de la poésie et de la joie. Est-ce à dire que l’art guérit du malheur ?

Visuel du spectacle « Le Pont de pierres » de Daniel Danis.
Peinture originale de Dominique Gay, copyright Am Stram Gram.

Disons que la source de cette joie, de cette poésie réside dans l’amour, l’amour familial qui les a baignés, l’un comme l’autre, lorsqu’ils étaient plus petits. Cet amour leur a donné l’assurance et la volonté de grandir, de partager, de rire, et de créer.

La pièce est centrée autour du souvenir, Mung et Momo vivent deux aventures, une dans le monde réel et l’autre dans leurs esprits. Quelle est l’importance de la mémoire pour eux ?
Il y a le souvenir – heureux – de leur passé qui est nourrissant et constructeur ; et il y a le devoir de mémoire, le devoir que chacun s’est donné de porter témoignage de leur parcours dès l’arrachement à leur famille respective. Chaque année, ils reviendront raconter ce qui se passe partout dans le monde pour des milliers, des millions d’enfants comme eux, vivant dans l’exil, confrontés à la mort… Il faut dire cette réalité douloureuse, et dire aussi qu’il faut puiser dans le rêve, l’imaginaire, et créer. Partager.

De quelle façon allez-vous mettre en scène Le Pont de Pierres (et la peau d’images) ?
Nous avions monté la pièce en 1999, avec Jean Liermier et Mariama Sylla pour les rôles d’adolescents, et un percussionniste qui avait créé un univers sonore dense et original (en alternance Jean-Bruno Meyer et Thierry Hochtätter). L’espace était animé par du sable, un gros baril, une toile blanche se colorant et se transformant au gré des situations. Un univers de jeu et de métamorphoses. Le changement total de distribution (Louis Arene et Julia Batinova pour le jeu, Ramon Lopez pour la musique) va sans doute orienter la mise en scène de toute autre manière. Nous reprenons les mêmes éléments de décor, et conservons le même partenaire et complice à la lumière (Andrea Abbatangelo), mais presque dix ans ont passé, nous avons aussi, espérons-le, évolué, nous nous réjouissons donc de découvrir au cours des répétitions les nouvelles couleurs de ce superbe récit d’aventures !

Propos recueillis par Jeremy Ergas

Am Stram Gram le Théâtre,
mar + ven à 19h, sam + dim à 17h
(loc. 022/735.79.24)