Opéra de Marseille
Marseille : “ Salammbô“, le retour

Evénement à l’Opéra de Marseille : le retour de « Salammbô » !

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 12 décembre 2008

par François JESTIN

Nous avons dû le rêver si fort que l’Opéra de Marseille l’a fait : remettre à l’affiche la mythique Salammbô d’Ernest Reyer (1823 - 1909), à l’occasion de la commémoration, avec un petit peu d’avance, du centenaire de la mort du compositeur marseillais.

Il faut effectivement une bonne dose de courage pour programmer – sans mise en scène annoncée, mais dans une «  mise en espace  » – une œuvre sans aucun enregistrement discographique disponible, et dont la dernière représentation remonte aux années 1940. Et l’audace paie, puisque au-delà de l’intérêt musical et historique, le taux de remplissage des 4 soirées est impressionnant, preuve qu’à côté des piliers du répertoire, il existe bien un créneau pour des ouvrages rares, et répondre ainsi à la curiosité du public.
Mais halte aux créneaux et autre taux de remplissage, et place au plaisir de la musique, une admirable musique, tour à tour délicate, dramatique, mystérieuse, détentrice de secrets, exotique, sans flonflons, ni effets faciles et systématiques de tutti éclatants en fins d’actes. Pour qui connaît Sigurd (donné à Montpellier et Marseille entre 1993 et 1995, … et où depuis ?), il y a bien une patte Reyer, qui n’a pas besoin de plus de 3 mesures en début de chaque scène pour dépeindre parfaitement l’ambiance, l’atmosphère de la situation.

Musicalité
Merci donc au chef Lawrence Foster, habituel défenseur de raretés, et à un orchestre de Marseille particulièrement appliqué, qui nous servent de si belles mélodies. La difficulté reste apparemment dans l’équilibre des volumes entre fosse et plateau : il s’agit d’un vrai grand-opéra français en 5 actes, et les nuances forte à l’orchestre sont jouées avec un enthousiasme qui relègue par moments les chanteurs au second plan. Les chœurs font preuve d’une musicalité sans faille, et d’une appréciable homogénéité du son, mais le respect du rythme est perfectible, en particulier sur de nombreuses attaques des chœurs masculins.

« Salammbô », avec Kate Aldrich (Salammbô) et Gilles Ragon (Mathô).
Photo Christian Dresse

Distribution
Dans le rôle-titre, la mezzo américaine Kate Aldrich est rayonnante : mis à part quelques rares graves qu’elle accroche tout juste, le côté vocal est splendide, chanté dans un très bon français. Elle vit totalement son personnage, dans la mise en espace très riche de Yves Coudray : les décors sont suffisants (2 colonnes, des panneaux coulissants, la statue de Tanit et son zaïmph, joliment éclairés par les lumières de Philippe Grosperrin), et le jeu des solistes est bien en place et paraît naturel. C’est avec son habituelle fougue et son énergie démonstrative que le ténor Gilles Ragon (Mathô) se sort avec les honneurs d’un rôle dramatique qui dépasse certainement ses moyens vocaux : le son est toujours assez volumineux et de qualité, et les aigus vaillants.
La partition prévoit un deuxième ténor, pour le rôle assez développé de Schahabarim, distribué à Sébastien Guèze, dont le style et la ligne de chant sont splendides ; il est bien dommage – et curieux pour une telle qualité de voix ! – que plusieurs attaques à l’aigu soient franchement en-dessous. Jean-Philippe Lafont s’empare avec autorité du rôle de Hamilcar (nettement moins développé que dans le roman de Flaubert), alors que Wojtek Smilek (Narr’Havas) est une basse solide, mais qui peut améliorer sa diction du français. Magnifique baryton de André Heyboer (Spendius), au grain racé, et la plus grosse projection vocale ce soir pour Eric Martin-Bonnet (Autharite), qui nous fait goûter à l’âge d’or du grand-opéra français.

François Jestin

Reyer : SALAMMBÔ : le 5 octobre 2008 à l’Opéra de Marseille