Grand Théâtre de Reims
Reims : “Il Viaggio…“

Après Reims, ce Viaggio… sera en tournée en France et ailleurs jusqu’en 2011.

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 12 décembre 2008

par Pierre-René SERNA

Le Voyage à Reims, à Reims ! Comme il se doit.
De fait, il s’agit des deux premières d’un spectacle, dans le cadre d’une tournée destinée à se prolonger à travers les villes de France et d’ailleurs jusqu’en 2011, pour plus de soixante représentations.

Le Centre français de promotion lyrique (CFPL) lance ainsi un projet en collaboration avec dix-sept institutions lyriques. Il y a eu aussi le parrainage d’Alberto Zedda, directeur de l’Académie de Pesaro. Le tout a conduit à cette production du chef-d’œuvre de Rossini découvert il y a une vingtaine d’années, ne nécessitant pas moins de dix-huit rôles, dont treize rôles principaux. Un concours a alors été mis au point, à travers les pays les plus divers, qui a abouti à la sélection de vingt-huit chanteurs, permettant d’offrir deux distributions différentes.

Un choix judicieux
On sait que lors de la recréation de l’ouvrage, au festival de Pesaro précisément, les plus grandes pointures belcantistes avaient été réunies (sous la baguette d’Abbado, et dans une mise en scène de Ronconi, excusez du peu !). Mais déjà Gergiev au Mariinski (repris au Châtelet il y a deux ans) avait fait appel aux jeunes forces de l’école lyrique de son théâtre ; et Zedda avait lui-même tenté, et réussi, de rassembler une pléiade de jeunes espoirs de chant (il y a une dizaine d’années à Royaumont puis en tournée). Il y avait donc des précédents.

« Le voyage à Reims »
Crédit : Photo Alain Julien

Disons d’emblée, qu’ici le choix du plateau vocal s’avère des plus judicieux.
Il faudrait presque en citer tous les participants. Mais pour la seconde distribution à laquelle nous avons assisté (qui n’est pas la seconde en qualité), retenons : Kleopatra Papatheologou, Elizabeth Bailey et Hye Myung Kang, pour Melibea, la Comtesse de Folleville et Corinna ; James Elliott, Istvan Kovacs et Armando Noguera, pour Belfiore, Sidney et Alvaro. Des chanteurs s’étant déjà faits un petit nom, absolument sûrs de leurs moyens et de leur métier. Le chœur reste toutefois un peu sec, mais n’a qu’un appoint ponctuel.

Un ensemble bien mené
L’orchestre, ici au Grand Théâtre de Reims, celui maison, dégage une couleur un peu rêche, pour après mieux s’épancher. Il en serait de même du chef Luciano Accella (un second chef alternera lors de la tournée : Roberto Fores Veses), qui semble de prime abord manquer de la verve et de la subtilité rossiniennes, pour ensuite mieux démontrer panache et sensibilité. N’oublions pas que le spectacle n’est pas encore rodé.
Côté mise en scène, la satisfaction est plus partagée. Nicola Berloffa transpose l’action gratuitement à New York dans les années trente. Du déjà moult vu ! et qui dans ce cas n’a même pas le mérite de la logique (que vient faire dans ce contexte la célébration du sacre d’un roi ?!). À partir de là, les poncifs ne sont jamais évités et parfois les lourdeurs. Mais l’ensemble est plutôt bien mené et ne dérange pas trop. Puisque la musique en est le cœur, elle parfaitement servie, ne serait-ce que par l’acoustique du Grand Théâtre de Reims, ravissant plagiat (en plus intime) du parisien Théâtre des Champs-Élysées.

Pierre-René Serna

P.S. Ce spectacle fera l’objet de représentations dans 17 maisons d’opéra, lors d’un périble qui se prolongera pendant deux ans.