Opéra de Lyon : saison 2008-2009
Lyon : “La Clemenza di Tito“

Une nouvelle production ouvrait la saison lyrique lyonnaise.

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 12 décembre 2008

par François JESTIN

Belle qualité du spectacle d’ouverture de la saison lyonnaise, même si cette nouvelle production de la Clemenza di Tito mozartienne n’est qu’à moitié
satisfaisante.

La mise en scène de Georges Lavaudant, très noire et grise, n’est en effet jamais enthousiasmante. Quelques objets actuels (un revolver, Vittellia allongée dans un transat, tournant les pages d’un magazine people, les solistes et choristes en costume – cravate) rappellent sans doute l’intemporalité du thème de la clémence distillée par les puissants, tandis que l’idée du nounours que Tito tient sur ses genoux, puis installe à ses côtés sur le trône n’est ni très novatrice, ni vraiment convaincante. Les scènes ne sont pas toujours bien caractérisées, comme ce démarrage de l’acte II, avec 3 cyprès (gris), dans une ambiance grise – noire, qui pourrait très bien convenir à Don Giovanni (au choix pour le trio des masques ou la scène du cimetière). Mises à part les flammes du Capitole en fin de 1er acte, les intermèdes musicaux, pendant les changements de décors, sont finalement parmi les plus réussis, avec quelques touches d’humour bienvenues, et de belles projections vidéo, non envahissantes.

« La Clemenza di Tito » (fin de l’acte I)
© Bertrand Stofleth

L’attention gagne toutefois en intensité chaque fois que Sesto est en scène, rôle intensément joué et formidablement chanté par la mezzo Ann Hallenberg : voix pleine et homogène, et de superbes piani ralentis sur son grand air de l’acte I « Parto ». La soprano Alexandrina Pendatchanska (Vitellia) possède sans doute un des timbres les plus riches pour une voix d’impératrice, mais est handicapée par quelques déficits de volume sur certains passages, et ne maîtrise que faiblement plusieurs traits de vocalises (curieux pour cette ancienne titulaire du rôle-tire d’Adina au festival Rossini de Pesaro). Judith Van Wanroij (Servilia) est musicale, mais son instrument reste peu varié dans la couleur, tandis que Renata Pokupic domine son rôle d’Annio.

Complétant cette distribution féminine, particulièrement homogène et globalement très plaisante, Nicolas Testé (Publio) est bien chantant et volumineux, alors que le rôle-titre déçoit un peu. Vu ici-même l’année passée dans The Rake’s Progress, on attendait mieux d’Andrew Kennedy, dont le timbre rappelle irrésistiblement celui d’un autre ténor britannique, Philip Langridge. Malheureusement, la projection est d’un niveau modeste, et l’autorité de l’empereur en pâtit. La souplesse dans les passages vocalisés, ainsi que la diction italienne, sont aussi perfectibles.

La direction de Jérémie Rhorer est de très belle qualité, avec de superbes solistes de l’Orchestre de Lyon aux instruments à vent. Les rythmes semblent cependant plus classiques et les attaques moins mordantes et explosives que lorsque Rhorer est aux commandes de sa formation habituelle, le Cercle de l’Harmonie.

François Jestin

Mozart : LA CLEMENZA DI TITO : le 11 octobre 2008 à l’Opéra de Lyon