Victoria Hall, Genève
Genève : Récital Evgueny Kissin

Evgueny Kissin, une “star“ du piano, sera de passage à Genève le 20 novembre.

Article mis en ligne le novembre 2008
dernière modification le 14 décembre 2008

par Pierre JAQUET

Les adjectifs les plus superlatifs entourent souvent son nom et ses prestations au clavier. C’est dire si le récital genevois se profile dans son attractivité.

Evgueny Kissin est un phénomène et une icône dans l’histoire des interprètes de musique classique. A trente-six ans, il a les cheveux ébouriffés à la Angela Davis, la lippe boudeuse, le regard aiguisé, le corps un peu dégingandé comme ces colosses à la russe, les propos mesurés avec une voix parfois fluette.

Un parcours brillant
Sa renommée le dit génial, inspiré, d’une précision de métronome avec une sensibilité d’écorché vif, mais sans affectation. Devant les touches d’ivoire, Evgueny Kissin, ce Moscovite émigré à New York, n’a pas fini de faire parler de lui et de sa vision des partitions. On le dit réservé, mais il se montre intarissable quand il s’agit de sortir des sentiers battus de la musique, d’évoquer la poésie ou de relater des histoires juives pleines d’humour !
A Verbier, il a même demandé au directeur du Festival, Martin Engström, de réciter des poèmes en public !

Evgueny Kissin
Photo Sheila Rock

On se rappelle que cet enfant prodige – il lui a toujours semblé naturel de jouer – a interprété à 12 ans les concertos pour piano n° 1 et 2 de Chopin avec l’Orchestre Philharmonique de Moscou sous la direction de Dmitri Kitaenko. Les tournées au Japon en 1986 (il avait à peine quinze ans), au Festival de Berlin en 1987 et à Londres en 1988 ont marqué ses premiers triomphes sur la scène internationale. Le soliste s’est produit avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin dirigé par Herbert von Karajan pour le Concert du Réveillon en 1988, spectacle diffusé dans le monde entier, un moment qui est resté inoubliable pour lui.
Deux ans plus tard, il a fait ses débuts aux BBC Proms à Londres, et aux Etats-Unis. Ce Soviétique a émigré aux Etats-Unis au début des années 1990 où sa carrière s’est développée. En 2001, il a été nommé Docteur Honoris Causa par la Manhattan School of Music.
Le pianiste joue avec des chefs comme Claudio Abbado, James Levine, Seiji Ozawa, Vladimir Ashkenazy, Daniel Barenboim, Christoph von Dohnanyi, Carlo-Maria Giulini, Lorin Maazel, Evgueny Svetlanov ou Youri Temirkanov.

Répertoire
Lors de ses concerts, Evgueny Kissin a le plus souvent interprété les œuvres des grands compositeurs classiques et romantiques tels Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Chopin, Schumann, Liszt ou Brahms. Il avoue néanmoins que son compositeur favori reste Jean-Sébastien Bach, dont il dit qu’il est « l’alpha et l’omega », compositeur qu’il n’a que très peu abordé en public à ce jour.
Cet éternel jeune homme au visage d’adolescent préfère les récitals aux concerts symphoniques et à la musique de chambre. Mais la scène le ravit toujours : « J’ai besoin de partager ce qui me porte et qui m’émeut ! » Il joue souvent la musique du XXe siècle, mais a peu d’affinités avec les compositeurs contemporains : « Chaque interprète à son type de talent. »

Une parution récente
Le musicien slave vient de réenregistrer une intégrale des concertos de Beethoven, avec le London Symphony Orchestra dirigé par l’excellent Sir Colin Davis [EMI 2 06311 2]. Le travail, très minutieux, est très abouti : les accompagnants sont parfaitement au diapason de l’interprète qui offre une version assez accidentée et romantique... que ne renierait pas Schumann ! Guère de préoccupation historico-musicologique mais pour reprendre une expression de Evgueny Kissin lui-même : « Il y a une part de liberté. Sans elle, l’art n’existerait pas. »
Mais surtout la dimension fantasque, pour ne pas dire excentrique, de certains mouvements (pensons au tempo incroyablement élevé du final du premier concerto) nous rappelle l’origine et la culture russes du maître du clavier qui, dans son pays natal, a été comparé à Richter !

Pierre Jaquet

Sites internet :
http://www.kissinmusic.com/
http://www.kissin.dk/

Récital le 20 novembre 2008 à 20h30 au Victoria Hall
Serge Prokofiev : « Roméo et Juliette op. 75 », extraits / « Sonate n° 8 en si bémol majeur op. 84 »
Frédéric Chopin : « Polonaise-fantaisie en la bémol majeur op. 61 » / 3 Mazurkas / Études op. 10 nos 1, 2, 3, 4 et 12 / Études op. 25 nos 5, 6 et 11