Comédie Française
Paris : “Les Joyeuses Commères de Windsor“

Au Français, entrée au répertoire des Joyeuses Commères de Windsor.

Article mis en ligne le février 2010
dernière modification le 22 février 2010

par Régine KOPP

En faisant entrer dans son répertoire cette comédie de Shakespeare, la Comédie Française a voulu nous faire entendre « une comédie aimable… en apparence », où derrière l’hédonisme, la joie de vivre, la séduction, se cache la morale puritaine.

Le dramaturge espagnol Andrés Lima, qui signe la mise en scène, est convaincu que « le puritanisme moderne – occidental ou oriental – est aussi radical que celui de l’époque de Shakespeare ». Et pour le faire entendre au spectateur, Shakespeare choisit de le convier au plaisir du jeu et de la représentation.

Une farce baroque et grotesque
Car ici, tout est jeu, tout est théâtre et exige des acteurs formés autant à la technique du clown qu’au réalisme, sachant passer d’un registre à l’autre, jouer son rôle et s’intégrer dans un chœur. Au lever du rideau, le spectateur a quelque mal à suivre le fil de l’action, perdu dans l’ambiance de beuverie de taverne, où l’on crie et chante, où l’on s’amuse et où les jeux de mots fusent et les langues se mélangent.
L’arrivée de Falstaff dans la petite ville de Windsor et sa société bourgeoise va être l’occasion pour eux de se divertir aux dépends de ce vieillard, qui s’empresse de faire la cour à deux bourgeoises, Madame Pétule (Catherine Hiégel) et Madame Duflot (Catherine Sauval), non pas tant pour leurs charmes que pour leur argent. Si joyeuses soient-elles, ces commères n’en sont pas moins lucides et ne se laissent pas embobiner aussi facilement que le souhaiterait Falstaff, lui jouant des tours pendables, qui amusent la salle.

« Les joyeuses commères de Windsor ».
Photo Cosimo Mirco Magliocca

Le tohu-bohu qui règne dans la taverne, au début de la pièce, à l’arrivée de Falstaff, avec ses excès de conduite et de langage, n’est pas particulièrement propice à faire entrer le spectateur dans le jeu. Et ce n’est en fait qu’à partir du moment où les bourgeois floués décident de mettre en place une stratégie pour discréditer le séducteur fripon, entraînant une succession de péripéties les plus folles, que la pièce décolle. Il est vrai que certaines scènes sont désopilantes, comme celle où monsieur Duflot, le mari jaloux et cocu rencontre son rival, Falstaff. A cet égard, il faut saluer le génie comique de Christian Hecq qui interprète ce rôle comme aurait pu le faire un de Funès, alors que Bruno Rafaelli est moins convaincant dans son interprétation de Falstaff, trop tendre et mélancolique, à laquelle il manque la démesure, pour faire de sa performance, un rôle de légende.
L’ultime mésaventure qui se joue dans une forêt peuplée d’esprits facétieux, où les personnages sont transformés en sorcières, en fées ou en singes et entament une danse burlesque autour de Falstaff métamorphosé en cerf, introduit un climat onirique qui tire la pièce vers la féerie du Songe d’une nuit d’été et en fait un moment scénique particulièrement magique.
Pour le metteur en scène, qui choisit une esthétique baroque, « le réalisme et la magie se mettront à coexister, et l’on pourra alors parler de la vérité des personnages. L’espace conservera sa dimension réaliste tout an acquérant une dimension surnaturelle, un esprit de jeu – de représentation ». Un projet porté par une troupe au meilleur de sa forme, qui excelle aussi bien dans le registre du réalisme que de la magie et sait faire rire le public.

Régine Kopp

« Les Joyeuses Commères de Windsor » de Shakespeare - m.e.s. Andrés Lima - à la salle Richelieu jusqu’au 2 mai. (loc. 01 44 58 15 15)