Théâtre St-Gervais Genève
Genève, St.Gervais : Mémoires blessées

Le théâtre St.Gervais explorera en février, à travers un programme offrant théâtre, films et rencontres, le thème des mémoires blessées.

Article mis en ligne le février 2010
dernière modification le 30 mars 2010

par Rosine SCHAUTZ

Mémoire et histoire, mémoires et identités, souffrance des vaincus de l’Histoire, rappel des ‘sombres jours’, confessions, passages de témoins, noirs souvenirs des heures anciennes, le théâtre Saint-Gervais interrogera du 28 janvier au 14 février les liens du passé et du présent, de l’intime et du collectif, du vécu et du mythe, de manière à mettre en action un véritable ‘exercice de mémoire’.

Exercice qui renverra à différents conflits et donc à différents ‘théâtres des opérations’, car, si à chacun d’eux correspond une blessure spécifique, ils appartiennent bien à une même problématique de la mémoire blessée, enracinée dans des traumatismes aux conséquences similaires : deuil, perte (d’une famille, d’un pays, d’une conviction), ou séparation forcée.

‘Retour amont’
A quoi servent ces retours sur le passé ? A reconnaître les préjudices subis, les crimes commis ? A dire encore et encore ‘plus jamais ça !’ ? Peut-être plus modestement à s’inciter mutuellement à assumer une responsabilité de contemporain, de citoyenneté contemporaine. Ici, on l’aura compris, pas de fuite en avant commémorative pour échapper à la dictature du présent ou à une certaine humeur de repentance, mais plutôt une manière de lutter contre l’oubli pour permettre d’oublier ce qui en fait empêche de vivre et de créer.
Chez les anciens Grecs, c’était la mémoire qui fondait l’immortalité, comme l’a si souvent répété Vernant, et l’on se souvient que c’est de l’union de Zeus et Mnémosyne, déesse de la mémoire, que naquirent Histoire, Tragédie, Comédie, Musique, Danse, Poésie, Eloquence, Astronomie et Rhétorique, les neuf muses qui veillent sur nos vies.

Mémoires et identités
Ainsi, ces Mémoires blessées plurivoques, mises en commun et au pluriel, nous feront entrer dans l’histoire récente, et dans l’avenir peut-être. En effet, ces témoignages mémoriels traitent finalement tous du rapport à l’Histoire, dont ils observent les couches pour en comprendre les lignes de force et les traits pertinents, souvent invisibles aux spectateurs avertis que nous croyons être.
D’autre part, ces mémoires injuriées renvoient presque immédiatement aux identités malmenées, identités souvent nationales, au cœur du débat contemporain, mais également et a fortiori aux identités plus intérieures. Car les mémoires blessées disent en sous-texte la souffrance des vaincus, des petits, des minorités.
Ainsi donc, à Saint-Gervais, seront ‘mises en exercice’ les mémoires de la Shoah, de la guerre d’Espagne, de la résistance, du communisme, des saisonniers en Suisse, de la Bosnie et de la Somalie, du colonialisme et de la décolonisation, de Srebrenica, traitées sous forme d’exposition, projections, conférences, lectures, théâtre et rencontres.

Rosine Schautz

« Mémoires blessées ». Théâtre Saint-Gervais du 28 janvier au 14 février
Location (recommandée) au 022 908 20 20
Programme détaillé : www.saintgervais.ch

Exposition (28 janvier-28 mars)
No pasarán ! Images des Brigades internationales


Il s’agit d’une exposition de photos – au titre-slogan dynamisant, mot d’ordre des Républicains – qui relatent la guerre civile espagnole (36-39). Rémi Skoutelsky et Michel Lefevre proposent ici une histoire iconographique, et reconstruisent l’univers dans lequel vécurent et luttèrent les brigadistes, afin de mettre en relief l’énorme effort de solidarité que la lutte du peuple espagnol suscita dans le monde entier.
A voir absolument si l’on est intéressé par les images des pionniers du photojournalisme moderne tels que Robert Capa, Gerda Taro et David Seymour, Agustín Centelles, Luis Escobar, Walter Reuter et Georg Reisner.