Film de mars 2010 : “A Single Man“

Enfin un film qui révèle le talent de Colin Firth !

Article mis en ligne le mars 2010
dernière modification le 26 novembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

A single man


de Tom Ford, avec Colin Firth, Julianne Moore, Matthew Goode. Etats-Unis, 2009

Los Angeles, 1962. Dans une banlieue huppée de la mégapole californienne évolue un homme qui ne semble être plus que l’ombre de lui-même. La vie de George a perdu tout sens depuis que l’homme qu’il aimait est brutalement mort dans un accident de voiture. Même la chaire de littérature qu’il occupe à l’université ne le motive plus, pas plus que les questions de ses étudiants. Cette journée banale sera probablement la dernière. Cette journée qui commence à peine, et qui pourrait cacher quelques rebondissements surprenants.

Ford, qui a d’abord travaillé chez Gucci et Yves Saint Laurent, affirme avoir trouvé facile son passage du monde de la mode à celui du cinéma. La direction d’acteurs ne lui a posé aucun problème, et cela se ressent dans un style narratif fluide et linéaire. La mise en scène est dépouillée, sobre, mais permet de la sorte de mettre en valeur ses acteurs, et tout particulièrement le rôle principal, incarné par Colin Firth. Un Colin Firth tout en subtilité, en nuances, en sentiments contenus et émotions intériorisées qu’on en vient à compatir, à souffrir avec lui. Dès cette première réalisation, Tom Ford affirme un style bien personnel, une “griffe“ qui permet à A Single Man de sortir de la masse des films impersonnels dont les studios hollywoodiens sont férus. Par sa sensualité et son attention aux corps, la mise en scène de Ford a des affinités – louables – avec celles de Wong Kar Wai. Le désir se laisse percevoir, chaque rencontre est une invitation, chaque regard une proposition.

« A Single Man » de Tom Ford

Si tous les sens sont sollicités, c’est essentiellement le regard qui est mis en exergue. George qui, tapi dans son antre, épie ses voisins par les persiennes. La voisine qui, intriguée et curieuse, jette des œillades dans la maison de George. Et l’affiche géante de Psychose qui trône chez George atténue la solitude pesante de celui-ci, qui ne peut ignorer l’insistance de ces regards intrusifs. La caméra évolue au ralenti, accompagnée par une musique instrumentale ponctuée de dialogues anodins et évasifs. Désabusé, inconsolable, George se condamne à disparaître d’un monde avec lequel il ne partage plus rien. Dès que le revolver prend place dans la sacoche, le film entame un compte à rebours lent, telle la marche du condamné à l’échafaud. Cette ultime journée se vit comme un testament, certes, mais offre l’occasion de rencontres bienvenues et inattendues : la meilleure amie abandonnée, le jeune étudiant bisexuel, le beau gosse étranger, la petite voisine blonde …

Chacune de ces rencontres va donner à réfléchir sur le sens de la vie, apporter un élément existentiel aux cogitations de George. Ces seconds rôles gravitent de manière vitale et vivifiante autour du personnage central, déstabilisant les rouages huilés mis en place par George. Chacun de ces personnages insufflent l’envie de vivre dans un récit emprunt de nostalgie, de désespoir et de mort. Colin Firth délaisse son registre habituel et gagne en maturité – registre qu’il avait déjà magnifiquement interprété dans Genova l’an passé - , il prend corps et consistance face à ces personnages secondaires alors même que le récit l’amène inéluctablement à la mort.

L’interprétation magistrale de Colin Firth lui a valu de recevoir un Volpi du meilleur acteur pour A Single Man, de Tom Ford, lors de la dernière Mostra.

Firouz-Elisabeth Pillet