Opéra de Lyon
Lyon : “Manon Lescaut“

Du vrai bon drame puccinien à l’Opéra de Lyon.

Article mis en ligne le mars 2010
dernière modification le 21 mars 2010

par François JESTIN

On redemanderait bien un cinquième acte à la fin du spectacle, tant cette Manon Lescaut de Puccini ne nous avait jamais parue si enivrante, si excitante.

D’abord l’orchestre de l’Opéra de Lyon, sous la direction de son chef permanent Kazushi Ono, magnifie la partition, en en faisant ressortir les jolis détails, et maintenant tout du long la tension de l’action. Le son qui provient de la fosse sonne brillamment, les piccolos sont piquants et les cuivres éclatants, mais sans tomber dans le style pompier, ni noyer le plateau dans un flot infranchissable de décibels. La distribution vocale est globalement satisfaisante, avec cependant une petite réserve pour le rôle-titre, tenu par Svetla Vassileva. Celle-ci cherche peut-être à compenser son manque de graves par des aigus incroyablement puissants, mais certaines notes à partir du 3ème acte se rapprochent dangereusement du cri bestial. Le ténor Misha Didyk (Des Grieux) impressionne, et son aigu semble à toute épreuve, jusqu’à un petit incident évité au III, qui l’amène à contrôler très intelligemment ses moyens jusqu’au final. Le baryton Lionel Lhote (Lescaut) est une valeur sûre (un peu en manque de graves lui aussi !), et la basse Alexander Teliga (Géronte de Ravoir) est profonde mais sonne parfois très slave.

« Manon Lescaut »
© Jean-Louis Fernandez

La révélation de la soirée est sans doute le 2ème ténor Benjamin Bernheim (Edmond) : voix saine, sonore, expressive, bel accent, il devrait vite passer 1er ténor ! La mise en scène est confiée à Lluis Pasqual, qui signe ici une nouvelle production. Même si certaines de ses réalisations dans le passé n’ont pas toujours été convaincantes (on pense par exemple à son Comte Ory monté pour le festival de Pesaro), il faut admettre que cette partition très sombre, très déprimante de Puccini lui convient à merveille. Le rideau se lève sur un hall de gare fréquenté par soldats et gendarmes au début du XXème siècle (voire dans l’entre-deux guerres), dont la charpente métallique est imposante et très réussie (décors de Paco Azorin).

La “voiture d’Arras“ est un train qui entre en gare, il y a de la vie dans ce lieu public, ça bouge, et Edmond, dans son costume mi-homme, mi-femme, en est le maître de cérémonie. Au II, on passe au “cinéma dans le théâtre“, puisqu’on tourne – avec force travelling, maquilleuse et réalisateur – un film d’époque : «  l’opéra  » commandé par Géronte, dont la chorégraphie en costumes et perruques blanches est drôle et gentiment “décalée“. Pour le III au Havre, des grillages et barbelés sont plaqués sur un élément de charpente métallique à mi-plateau, tandis qu’un wagon stationne sur des rails implantés en diagonale ; les filles prisonnières en sortent, montrant maquillages dégoulinants et bas troués. Le dénuement du désert américain du IV est respecté, avec la voie ferrée sans issue sur une scène vide, et la mer et le ciel sur un ample cyclorama. Un gros projecteur tient le rôle du soleil brûlant, qui viendra à bout des forces vitales de Manon.

François Jestin

Puccini : MANON LESCAUT : le 24 janvier 2010 à l’Opéra de Lyon