Forum de Meyrin
Meyrin : Pippo Delbono et “Guerra“

A voir à Meyrin : Une odyssée théâtrale magique et bouleversante.

Article mis en ligne le mars 2010
dernière modification le 25 mars 2010

par Jérôme ZANETTA

Le lundi 29 mars prochain, l’un des spectacles à la fois fondateurs et les plus aboutis de Pippo Delbono sera enfin visible sur une scène genevoise. Guerra est une véritable déflagration dansée et montée comme un manifeste moderne de la marginalité malade et souffrante d’une humanité en guerre, perdue dans sa quête existentielle entre l’amour et la peur.

Eh bien ! Dansez maintenant !
Une fois encore, Pippo Delbono convoque ses comédiens, ses compagnons singuliers et porteurs d’universel qui semblent mus par une nécessité de montrer la vie quand elle émarge du noyau bien-pensant, superficiel et aveugle. Et comme toujours chez ce prophète de la scène contemporaine, les mots ne sont jamais qu’un matériau parmi d’autres. Comment d’ailleurs en serait-il autrement quand nombre des acteurs sur scène ne parlent pas ou pas bien ! Le récit chez Delbono est fait de gestes, de danse, de mimiques, de regards, de musique et de couleurs.
Quant le texte se fait entendre, ce sont toujours des idées simples, fortes et directes, même si le langage déployé peut sembler complexe, abstrait et sans limites. Paroles de « révolution » du Che Guevara ou du Sous-commandant Marcos qui claquent dans l’espace scénique et se teintent d’une poésie inattendue et salutaire dans sa provocation.

« Guerra » de Pippo Delbono
© Jean- Louis Fernandez

Brouiller les certitudes
A l’image d’Ulysse, des personnages en guerre donc contre la fiction généralisée du monde, de la politique, d’une certaine vision culturelle et en quête d’une vérité sur la scène, grâce à l’affirmation subtile de leur différence qui permet de toucher plus immédiatement à cette vérité, à cette conscience et à cette capacité d’être dans un personnage, mais en même temps d’en être l’observateur, de ne jamais être quelqu’un d’autre que soi-même. Guerra est de ces spectacles qui brouillent judicieusement les certitudes, où le savoir théâtral est remis en question et où les mises en danger semblent permanentes, comme un état de crise vital cher à Paolo Pasolini, toujours en filigrane dans les spectacles de Delbono.

Présence miraculeuse
Pourtant, on le sait, le travail en profondeur effectué par ces comédiens non-professionnels ne laisse que peu de place à l’improvisation, afin que le don qui semble fait chaque soir au public soit total et empreint de cette même fraîcheur, de cette présence lucide et intense qui capte de manière infaillible l’attention du public.
C’est la présence miraculeuse des corps qui, comme le traduit si bien Novarina, est génératrice d’une lumière qui vous traverse totalement. Laissez-vous traverser par la puissance de Bobo, de Gianluca ou de Nelson et vous serez renvoyés au mystère de votre enfance, à une lanterne magique où les créatures effrayantes de Goya dansent autour d’une baraque foraine avec les êtres hors-normes de Fellini.

« Guerra » de Pippo Delbono
© Jean- Louis Fernandez

A ce moment-là la maladie ou la mort sont transcendées et l’espace confus de notre quotidien retrouve un peu de sa clarté originelle, comme lors d’un rituel sacré où communient les acteurs et les spectateurs pour mieux briser le mur de nos peurs inutiles.
En somme Pippo Delbono est au cœur même de la vocation du théâtre, avec ses colères décisives et cette façon de vous prendre par la main pour ne plus vous lâcher et vous tenir en éveil. Vous aussi, vous en êtes : « Anche tu devi danzare, danzare, danzare in questa guerra ».

Jérôme Zanetta

Forum Meyrin, le 29 mars (loc. 022/989.34.34)