Opéra de Marseille
Marseille : “The Saint of Bleecker Street“

Magnifique production à Marseille, une réussite...

Article mis en ligne le avril 2010
dernière modification le 23 mai 2010

par François JESTIN

L’Opéra de Marseille honore la mémoire du compositeur Gian Carlo Menotti, en montant un spectacle d’une grande force : une soirée tout simplement inoubliable.

Quelques mois avant sa disparition, Menotti venait assister à Marseille en mai 2006 à la première de la rarissime Maria Golovin. A peu près aussi peu jouée, The Saint of Bleecker Street est pourtant une œuvre à la fois facile d’accès pour le public, mais aussi dramatiquement puissante, et musicalement riche et flatteuse pour les oreilles exigeantes.

« The Saint of Bleecker Street » avec La Sainte (Karen Vourc’h) et son entourage
© Christian Dresse

L’orchestre est impérial ce soir, sous la baguette de Jonathan Webb, chef spécialisé dans le répertoire du XXème siècle : tous les détails, les raffinements et le brillant de la partition sont là. La distribution est aussi certainement ce qu’on peut faire de mieux aujourd’hui pour cet ouvrage vocalement difficile. Karen Vourc’h (Annina) est une Sainte à laquelle il est difficile de ne pas croire : vocalement bien en place, elle paraît scéniquement mystique, éthérée, les yeux presque révulsés pendant ses visions. Attila B. Kiss (Michele) possède un timbre assez grave et des aigus puissants – qui remplissent la salle pendant son grand air du 2ème acte – dans l’un des rôles les plus difficiles pour un ténor. Agressif vocalement et physiquement, il se glisse idéalement dans la peau du frère italo-américain, macho, rustre, en recherche d’identité. Giuseppina Piunti (Desideria) – après une récente Carmen toulonnaise très probante – brûle les planches dans le rôle de sa fiancée : le drame touche un de ses points culminants lorsqu’elle s’écroule, la gorge tranchée par Michele. La basse Dmitry Ulyanov (Don Marco) impose son autorité par son volume vocal et sa grande stature.
Les autres personnages vivent également l’action, avec de belles qualités vocales : Juliette Galstian (Assunta), la touchante Pascale Beaudin (Carmela), Marc Scoffoni (Salvatore), et jusqu’au ténor Kevin Amiel.

La nouvelle production de Stephen Medcalf est à la fois simple et prenante : un carrefour à New-York dans le quartier de Little Italy (décors de Jamie Vartan), ses feux de croisement et son inévitable petit chantier de voirie. Tout se déroule à l’extérieur, et on transporte Annina sur son fauteuil. Pendant ses visions au premier acte, un pauvre SDF (après s’être fait copieusement tabasser par des policemen) prendra la pose du Christ en croix. La scénographie est soignée – immeubles de brique rouge, échelles métalliques de secours, bouche de métro au 3ème acte – les artistes y évoluent naturellement et contribuent à l’exceptionnelle qualité artistique de la soirée.

François Jestin

Menotti : THE SAINT OF BLEECKER STREET : le 19 février 2010 à l’Opéra de Marseille