Opéra-Théâtre de Saint-Etienne
Saint-Étienne : “Hamlet“

Belle production d’Hamlet, source de plaisir et de satisfaction.

Article mis en ligne le avril 2010
dernière modification le 23 mai 2010

par François JESTIN

Coproduit avec l’Opéra-Théâtre de Metz, où le spectacle a été créé en novembre dernier dans le cadre de la biennale Ambroise Thomas, Hamlet est représenté à Saint-Etienne, dans une distribution complètement renouvelée.

Le plaisir et la satisfaction l’emportent à l’issue de la soirée, et le grand maître d’œuvre en est Laurent Campellone, directeur musical de l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne. Hamlet est un monument du grand opéra français et peut se révéler particulièrement difficile à mettre en place du point de vue musical, mais le chef parvient à galvaniser son orchestre et à produire certainement le plus beau son dont est capable la phalange stéphanoise. La musique de Thomas en acquiert un fort caractère, toujours mise en relief, avec de larges contrastes (dès l’ouverture, les percussions se déchaînent dans le fortissimo).

« Hamlet », avec Doris Lamprecht (Gertrude) et Amira Selim (Ophélie)
© Charly Jurine

Pour ce qui concerne les solistes, la prise de rôle de Jean-Sébastien Bou dans Hamlet est un bonheur, vocal d’abord : superbement timbré, puissant (les aigus sont impressionnants), expressif, il donne du sens à chaque mot. Scéniquement aussi on croit totalement à son personnage blessé, perdu, le regard vide, mais capable aussi de moments plus violents en courant comme un fou, ou en dégageant du pied quelques objets. Son Ophélie, la soprano Amira Selim, constitue malheureusement le seul gros point faible de la représentation : volume trop modeste, aigus subitement resserrés, et justesse trop souvent mise à mal.
A côté du couple vedette, le reste de l’équipe soigne la prononciation et relève le défi : superbe performance de la basse Nicolas Cavallier (Claudius), doué d’une projection appréciable, et puissance également de Doris Lamprecht (Gertrude), même si certains passages sont un peu bruts de décoffrage. Le ténor Christophe Berry (Laërte) est bien en place, et Christophe Fel (le Spectre) impeccable dans ses interventions.

La mise en scène de Bernard Habermeyer laisse souvent aux personnages un vaste espace à disposition sur scène. Le traitement est un mixte entre costumes d’époque (signés par Dominique Burte) dans la scène d’ouverture et le tableau conclusif – joués dans l’obscurité, seulement éclairés aux torches – et une certaine intemporalité du drame. Ainsi le costume de ville vaguement militaire pour Hamlet, la robe strass d‘Ophélie pendant son grand air, ou encore le banquet très peu royal de l‘acte I (une planche posée sur deux tréteaux), puis… les sacs en plastique bleu pour ramasser les ordures. Le décor unique d’Eric Chevalier ne favorise pas la variété des images, mais a l’avantage de permettre des enchaînements immédiats entre actes : deux murs courbes en fond de plateau (qui fournissent un bon soutien acoustique aux voix), un monument funéraire tout noir adossé à l’un deux, et un mini-lac avec roseaux en avant-scène à jardin. C‘est dans celui-ci qu‘Ophélie se noie à l’acte IV, après avoir affronté un rideau de pluie au cours de son air de folie.

François Jestin

Thomas : HAMLET : le 5 mars 2010 à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne