Visions du Réel 2010
Nyon : Visions du Réel

Quelques commentaires sur le festival Visions du Réel 2010.

Article mis en ligne le avril 2010
dernière modification le 25 mai 2010

par Catherine GRAF

Visions du Réel à Nyon va à nouveau étancher notre soif de documents visuels relevant d’une démarche personnelle et originale.

On retrouve les sections qui ont montré leur pertinence et trouvé leur public, la Compétition internationale, riche d’œuvres témoignant de la diversité de la création, de démarches approfondies, singulières et d’un haut degré d’achèvement, les Regards neufs souvent proposés par de nouveaux et souvent jeunes talents, les Helvétiques, permettant de voir les productions suisses récentes parmi les meilleures, inscrites dans la tradition d’un pays qui fait la part belle au cinéma du réel de création. Il y aura encore Reprocessing reality, le dialogue entre art contemporain et cinéma du réel, avec l’artiste britannique d’origine chypriote turque Tracey Emin, qui s’est fait connaître par deux scandales médiatiques : arriver ivre à un débat sur BBC4, et exposer après quelques jours de déprime son lit défait recouvert de préservatifs, de sous-vêtements maculés de sang, de vieux paquets de cigarettes The Bed... Elle utilise aussi la couture comme écriture. Son travail sera présenté par Kathleen Bühler, curatrice Art Contemporain, Kunstmuseum de Berne, peut-être en présence de l’artiste. On retrouvera aussi Investigations, des enquêtes journalistiques à la forme soignée qui réaffirment la nécessité d’enquêtes et de recherches rigoureuses, propres aux investigations issues de la tradition du grand reportage. Et dans la série Tendances, de grands films dont les qualités thématiques et esthétiques tracent des voies de premier intérêt pour le grand public.

« Aisheen [Still Alive in Gaza] » de Nicolas Wadimoff

La soirée d’avant-première, le 14 avril, ouvre avec l’inauguration de la nouvelle salle du Festival de 500 places, le théâtre de Marens. Cette soirée exceptionnelle organisée en partenariat avec la Ville de Genève, la Ville de Nyon et Akka Films présentera Aisheen [Still Alive in Gaza] de Nicolas Wadimoff en collaboration avec Béatrice Guelpa, un film intimiste et spectaculaire sur la vie quotidienne à Gaza au lendemain de la guerre. La soirée se poursuivra avec un apéritif dînatoire offert par la Ville de Genève et le vernissage de l’album du collectif de rappeurs “Gaza meets Geneva“ – un projet unique entre Gaza et la Suisse romande.
Le lendemain verra le lancement officiel du festival avec Kinshasa Symphony de Claus Wischmann et Martin Baer. Le Congo sous un angle inédit, celui d’un orchestre vivant envers et contre tout au rythme de la 9e Symphonie de Beethoven. Un hymne à la vie !
Toujours en lien étroit avec l’actualité, Twenty Days that shook Tehran de Ali Razi ; le film opère un retour sur la campagne présidentielle qui a précédé la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. Les membres d’une troupe de théâtre de Téhéran décident de monter une pièce en s’inspirant des événements électoraux. Et c’est la confrontation entre les rêves et les espoirs de la population iranienne.

« Milltown, Montana (Flathead Lake, Mission Mountains) » un film de Rainer Komers

Les moments forts à ne pas manquer sont incontestablement d’une part Breathless, Dominance of the Moment, une collection de 5 films issus d’une coopération exemplaire entre l’Allemagne et la République tchèque. Ces cinq films, I Love My Boring Life de Jan Gogola (République tchèque), Milltown, Montana de Rainer Komers (Allemagne), One Day Today Will Be Once de Anca Miruna Lazarescu (Allemagne), Phantom of Liberty II de Karel Žalud (République tchèque) et Time’s Up de Marie-Catherine Theiler & Jan Peters (Allemagne) nous font découvrir l’extraordinaire richesse et les décors naturels incroyables de deux pays bouillonnants de créativité.

« One Day Today Will Be Once » un film de Anca Miruna Lazarescu

L’autre moment incontournable du festival est bien sûr constitué par les ateliers. L’Américain Alan Berliner habite New York ; sa collection d’images et de sons très soigneusement classés par couleurs, empruntée à tous les passés, est unique, et l’usage égotique qu’il en fait nous arrachera quelques sourires. Tout comme ses films autobiographiques teintés d’auto-dérision. Le Chinois Wu Wengwuang quant à lui habite Pékin et consacre autant d’énergie à réaliser lui-même ses films qu’à permettre qu’une nouvelle génération de cinéastes produise les siens.
Villagers’documentary film - des paysans réalisent un film - ainsi que son making off, un autre film sur les élections dans les villages, ce travail de réappropriation des représentations au pays du contrôle et de la planification est nécessaire et passionnant à découvrir.
Au terme de ces seize années de direction du festival, Jean Perret quitte un édifice foisonnant de créativité, de démocratie, d’échanges, de projets, de collaborations.

Catherine Graf

Visions du réel à Nyon, du 15 au 21 avril 2010,
renseignements/programme www.visionsdureel.ch