Film de mai 2010 : “Les Secrets“

La réalisatrice Raja Amari examine la vie de trois femmes en quête d’identité.

Article mis en ligne le mai 2010
dernière modification le 24 septembre 2011

par Firouz Elisabeth PILLET

Les Secrets


de Raja Amari. Avec Hafsia Herzi, Soundes Bel Hassen, Wassila Dari. France/Suisse/Tunisie, 2010.

Aicha, Radia et leur mère vivent à l’écart du monde dans une maison à l’abandon dans laquelle elles ont déjà travaillé comme domestiques. Leur routine quotidienne bascule le jour où un jeune couple vient s’installer dans la maison. Les trois femmes cachent leur existence aux nouveaux venus, de peur d’attirer l’attention sur leur situation et d’être chassées.
En effet, elles cachent un secret inavoué.
Le combat de la femme vers l’émancipation dans la société tunisienne est un sujet récurrent pour la réalisatrice Raja Amari, précédemment auteure de Satin rouge où le cabaret servait alors de creuset à cette même thématique. Pour autant, elle refuse de se voir attribuer une étiquette trop caricaturale, malgré la polémique.

« Les secrets » de Raja Amari

Présente à Genève lors de la dernière édition du Festival Tous Ecrans, la jeune actrice Hafsia Herzi ne cache pas sa reconnaissance envers le cinéaste Abdellatich Kechiche dont le film La Graine et le Mulet l’a révélée au grand jour cinématographique. La réalisatrice Raja Amari reconnaît que c’est grâce à ce film, et au jeu de la jeune fille dans ce dernier, qu’elle a jeté son dévolu sur Hafsia pour incarner l’une de ces trois femmes en quête d’identité, à la découverte de sa féminité, dans la veine du personnage qu’elle interprétait dans le film de Kechiche, Rym, qui laissait jaillir sa sensualité naissante dans une séance de danse orientale enivrante.
Ce film poursuit une aventure commune avec la réalisatrice puisqu’elles apparaissaient toutes deux dans son film, Dowaha, inédit en France. Les spectateurs qui auront vu Satin Rouge (2002), avec Hiam Abbass, se souviendront que celle-ci ensorcelait littéralement la caméra. Dans Les Secrets, la caméra est plus statique, permettant aux successifs plans fixes d’apprivoiser ce trio de femmes devenues farouches à force de vivre recluses et isolées.
La réalisatrice prétend avoir fait un conte moderne, assez noir, mais enraciné dans les angoisses et les phantasmes de l’enfance, en l’occurrence de celle d’Aïcha, suivant inéluctablement la voie de sa libération. Un magnifique rôle pour Hafsia Herzi qui ne semble pas encore réaliser vraiment ce qui lui arrive depuis sa rencontre avec Kechiche.

Firouz-Elisabeth Pillet