En marge du film « Solutions locales pour un désordre global »
Rencontre : Coline Serreau

La cinéaste Coline Serreau présente son documentaire consacré aux coulisses de l’agriculture mondiale.

Article mis en ligne le juin 2010
dernière modification le 13 juillet 2010

par Firouz Elisabeth PILLET

Présente au récent Salon du Livre de Genève (qui s’est déroulé du 28 avril au 2 mai 2010), Coline Serreau a assuré une double promotion : celle de son film, Solutions locales pour un désordre global ; et celle de son livre éponyme au sujet duquel elle précise : « J’ai dû opérer des sélections et renoncé à des témoignages et à des intervenants tout aussi intéressants que ceux qui figurent dans mon film. Le livre m’a permis de donner la parole à un plus grand nombre d’intervenants et pousse la réflexion encore plus loin. »

La cinéaste nous a habitués, côté fiction, à un cinéma qui oppose dominants et dominés – La Crise ; Romuald et Juliette ; Saint Jacques… La Mecque. Son dernier opus, documentaire édifiant sur les coulisses d’une agriculture placée sous le signe du profit, rappelle aux spectateurs que la réalisatrice est une écologiste convaincue de longue date puisqu’elle exprimait ses préoccupations quant à la sauvegarde de la planète dans La Belle Verte, tournée en 1996, qui « parlait déjà d’écologie et d’une transformation radicale de notre mode de pensée. Il était très en avance, et n’a rencontré le public que bien après sa sortie. Il vient d’être réédité en DVD-livre chez Actes Sud, c’est dire qu’il connaît une belle seconde vie ». Pour ce dernier documentaire, « le tournage s’est étalé sur trois ans… le montage deux ans. Il y avait des choses que je tournais simultanément. Le tout représente un labeur de trois ans ».

« Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau

Terrifiant bilan
Le travail de recherche en amont du film et du livre est colossalv : Coline Serreau a rencontré des paysans, des penseurs, des agronomes, des ingénieurs, des économistes, des analystes. Mais il lui restait le plus pointu et difficile à réaliserv : agencer et structurer cette manne d’informations récoltées. Le bilan sonne comme un glas terrifiantv : notre société consumériste a vécu dans l’immédiateté du gain et l’illusion de l’abondance, au détriment de la pérennité de notre planète et de sa bio-diversité.
Le résultat de cette démesure consumériste est dramatiquev : si les paysans occidentaux descendent dans la rue pour manifester leur colère, les paysans brésiliens ou indiens, surendettés et spoliés, se suicident massivement, constituant «  le plus grand génocide de l’histoire humaine », selon Vandana Shiva, de l’Association Navdanya qui milite pour la sauvegarde de la bio-diversité.
Quand on demande à la cinéaste comment elle imagine la sauvegarde de la planète, elle n’hésite pas à rétorquer : « Bio et locale ! Sinon ça n’a aucun sens ! » Le film de Serreau tire un parallèle surprenant entre l’exploitation intensive de la terre et la domination patriarcale qui, dans un geste millénaire laboure la terre, trace des sillons, prenant possession de la terre telle une femme qu’on exploite sans ménagement. Ce qu’il faut à la terre aujourd’hui, ce n’est pas des labours mais des engrais organiques, un retour aux engrais naturels, ou, à l’instar de l’Australie, qui a investi 15 milliards de dollars pour permettre la réintroduction du bousier, un insecte qui se nourrit de bouses de vaches, afin de restreindre l’usage d’engrais chimiques. D’aucun reprocheront à la cinéaste cette théorie aux consonances féministes mais son combat pour la cause des femme est connu ; Gaïa appartient au genre féminin, il est donc légitime que Coline Serreau l’intègre à son combat féministe.

« Solutions locales pour un désordre global » de Coline Serreau

Lueur d’espoir
Le film de Serreau propose, comme le titre le souligne, des solutions locales, respectueuses des êtres humains, des animaux et de leur environnement : «  Il y a des friches et on peut aussi supprimer des parkings… On peut récupérer de la terre. Mais une terre morte, comme ça, tuée par les engrais, les pesticides… c’est quand même entre dix et quinze ans… Les solutions existent : manger sur des potagers localement. Il y a assez de terres partout dans le monde pour y parvenir ; l’agriculture qu’on appelle extensive, qui nourrit une famille, qui est variée, en polyculture, dans un système intégré avec des animaux, ne requiert que peu de terre. »
La conclusion est univoque : l’avenir de la planète est vert. Coline Serreau parle ainsi d’« un retour en avant ». Le film offre une lueur d’espoir puisqu’il affirme qu’il existe autant de solutions que de cultures, de traditions et de territoires. Coline Serreau a voulu rendre son film accessible à un large public : « Mon film n’est pas construit comme un pensum désespéré. Au contraire ! C’est presque un film de fiction où l’on voyage beaucoup, on rencontre nombre de personnes intéressantes, on découvre des lieux passionnants. J’ai fait ce film en pensant le destiner au grand public, et jusqu’à présent, les réactions lors des projections sont enthousiastes. »
Sur les traces de Yann-Arthus Bertrand (Home, 2009) et de Nicolas Hulot (Le Syndrome du Titanic, 2009), Coline Serreau fait le même constat alarmé sur le saccage de notre patrimoine terrestre mais pousse la réflexion plus loin, et surtout de manière plus optimiste, en proposant des solutions, comme le suggère le titre de son film.

Firouz-Elisabeth Pillet