Théâtre Spirale
Genève : “La Ronde“

« La Ronde » dans la version du Théâtre Spirale tourne à Genève et dans les environs.

Article mis en ligne le juin 2010
dernière modification le 13 juillet 2010

par Maya SCHAUTZ

Dans le cadre du Projet « Silence on rêve », le Théâtre Spirale présente, du 1er juin au 1er août, « La Ronde » (Reigen 1897) d’Arthur Schnitzler, dans la conception et la mise en scène de Patrick Mohr.

Ce nouveau spectacle se promènera à travers des lieux de toute nature, s’adaptant à des théâtres divers, des musées, des bars, des Ems, etc. avant de partir en tournée. Ce vagabondage vers des espaces toujours renouvelés et des publics de tous âges, de toutes conditions, aux appétits culturels divers, a toujours été l’apanage de Spirale, théâtre qui désire avant tout entretenir un rapport de proximité avec son public et revaloriser ainsi la transmission orale directe.

Projet de troupe
Cette fois-ci nous aurons affaire avec des acteurs directement sortis des ateliers du Théâtre Spirale, créés en 1996. Ces enfants de 8 ans alors ont été formés pendant 13 ans, jouant sous la conduite de Michele Millner et de Patrick Mohr, de grands auteurs classiques et contemporains. Ils ont participé à des spectacles professionnels de la Compagnie (Le songe d’une nuit d’été, Homme pour homme, Dans la peau d’un lion et Louves). Grâce à leur excellent niveau de jeu et leur complicité avec les acteurs professionnels, un projet de troupe a été mis sur pied. « Afin de ne pas fonctionner en vase clos et d’équilibrer la distribution hommes/femmes, nous avons fait des auditions et choisi 5 autres jeunes acteurs professionnels pour se joindre à la troupe. Cette longue histoire commune devrait nous permettre des échanges d’une grande richesse, qui pourront déboucher sur un spectacle qui sort de l’ordinaire », affirme Patrick Mohr.

Patrick Mohr

Ce qui sort de l’ordinaire est évidemment aussi le temps consacré à la préparation de La Ronde : trois étapes de deux mois chacune. D’abord de janvier à mars 2010 formation continue, exploration des thèmes de la pièce, à savoir les rapports amoureux, le couple, les rapports entre classes sociales, les jeux du pouvoir. Et aussi des ateliers divers sur le mouvement, le jeu masqué en plus du travail des voix, le chant, la danse, cela pendant les 6 mois. Au cours de la 2ème étape, travail avec tous les intervenants, assorti de 3 semaines de répétitions en résidence au Cycle d’orientation de la Seymaz et un mois en Bourgogne au Château de Monthelon, où se donneront les avant-premières. La Première, elle, aura lieu le jeudi 10 juin au Théâtre Am Stram Gram.

Organisation
Vu la grande variété des lieux déjà prévus (voir détails dans le mémento), un grand chariot servira de scène mobile surélevée qui sera le centre des rencontres de La Ronde. Les autres scènes se dérouleront à terre sur un autre plan. Les acteurs évolueront avec les spectateurs tout autour de la scène centrale. Une véritable chorégraphie de la lumière accompagnera le jeu dans un espace très dépouillé : seuls quelques accessoires très simples permettront aux acteurs qui ne seront pas en train d’évoluer sur la scène centrale de créer des espaces de jeu modulables, en contrepoint à l’action principale. Dans La Ronde, il n’y a jamais plus de deux protagonistes en scène, les dix autres, chœur parlant et chantant, transformeront la scénographie au gré de l’action en ouvrant des espaces et en offrant des images simples et fortes aux spectateurs.

« La Ronde » de Schnitzler, par le Théâtre Spirale

Ainsi, par-delà le contexte historique de La Ronde de Schnitzler de 1897, le texte devra transcender les modes et les époques. « Nous voulons provoquer des ruptures de langage et de jeu qui accéléreront encore le rythme de cette farce noire de la séduction et du pouvoir, dans lequel les corps et les ambitions s’unissent jusqu’au vertige à un rythme endiablé. Si La Ronde a fait scandale au début du 20ème, il nous en faut plus de nos jours pour nous indigner… Au-delà de l’apparente légèreté du thème, on perçoit le malaise, la mort, la satire sociale et le jeu du pouvoir. Si l’on parvient à toucher cette complexité, on peut savourer comme il se doit la valse schnitzlérienne. Les textes que nous utiliserons en contrepoint de la pièce seront principalement tirés de Chroniques des jours entiers, des nuits entières de Xavier Durringer, où ce dernier dissèque avec des mots crus et forts les rapports amoureux dans de très courts monologues et dialogues », nous confie Patrick Mohr.
Ce projet ambitieux et sa réalisation ne manqueront pas de séduire, comme l’espère cette nouvelle troupe dynamique, qui s’est investie dans une minutieuse préparation de La Ronde et qui prétend susciter un intérêt toujours renouvelé pour les grandes questions qui agitent l’être humain.
A son époque, Arthur Schnitzler, écrivain, dramaturge et médecin neurologue, avait pour sa part beaucoup dérangé par une observation sans pitié de la société viennoise dans ses nouvelles et ses pièces. Il fut de 1890 à 1920 le plus grand auteur dramatique à côté de Hofmannsthal. Au contraire de ce dernier, il s’occupera non pas de la haute noblesse en déliquescence dans un empire décadent, mais des failles psychologiques de ses personnages appartenant à la haute bourgeoisie, qui espèrent encore se sauver en s’adonnant à une chasse frénétique des plaisirs les plus variés, tout en souffrant d’un vide intérieur angoissant devant ce monde finissant.
La Ronde fut écrite en 1897, publiée en 1900, représentée en1903 et aussitôt censurée. Ce n’est qu’en 1920, après la guerre, que la Première eut lieu à Berlin. Et ce fut à nouveau le scandale !

Maya Schautz

Conception et mise scène de « La Ronde » : Patrick Mohr
Musique : Denis Favrichon