Centre Pompidou-Metz
Metz : Centre Pompidou-Metz

Evénement à Metz, avec l’ouverture d’une nouvelle institution culturelle. Exposition prolongée jusqu’au 17 janvier 2011.

Article mis en ligne le juillet 2010
dernière modification le 25 janvier 2011

par Régine KOPP

L’ouverture de cette nouvelle institution culturelle à Metz est un événement culturel et architectural. Il s’agit d’une première décentralisation en France
d’un établissement culturel public national, qui permet d’offrir à une grande institution parisienne, un deuxième lieu en province pour exposer des œuvres de l’immense collection détenu par le Centre Pompidou et stocké la plupart du temps, faute de place, dans les réserves.

Sur les traces du Guggenheim de Bilbao
A Metz, il n’y aura pas de collection permanente mais des expositions temporaires, originales. Les œuvres viendront essentiellement du Centre Pompidou-Paris mais pourront également être empruntées à d’autres collections. Si l’exposition inaugurale intitulée Chefs-d’œuvres ? doit préfigurer les expositions à venir, il n’y a aucune crainte à avoir sur la qualité. La barre a été placée très haut, tant du point de vue de la conception de l’exposition, qui se propose une réflexion sur la pertinence de cette notion que des sept cent quatre-vingts œuvres exposées, qui ne sont pas des fonds de tiroir !

Le bâtiment
C’est en 2003 que le projet démarre, soutenu à Paris par le Messin Jean-Jacques Aillagon, alors ministre de la culture, et en région par l’ancien maire Jean-Marie Rausch. Metz, ville minière et de garnison souffre de la crise liée à la sidérurgie et du retrait des militaires. Le Guggenheim a bien sauvé Bilbao, pourquoi pas Metz. Les critères qui font choisir Metz face à d’autres villes concurrentes telles que Montpellier, Lille ou Caen s’expliquent par le positionnement géographique, au cœur de l’Europe, la facilité d’accès soit par TGV (à une heure et demie de Paris), soit par un réseau autoroutier efficace, et surtout un immense terrain disponible, proche de la gare. Le financement du chantier assuré par les collectivités régionales a également favorisé le choix de Metz : sur les 70 millions d’euros, la communauté d’agglomération de Metz Métropole a pris en charge 43,3 millions, le département 10 millions, l’Etat et l’Union européenne apporte respectivement 4 et 2 millions.
De loin, le bâtiment fait sensation : champignon ou chapeau chinois pour les uns, lanterne translucide, la nuit, pour les autres, la réalisation du bâtiment, à partir du tressage de fines poutres en bois d’épicéa, recouvert d’une membrane en fibre de verre enduite de teflon, auto-nettoyant, est une œuvre franco-japonnaise, signée par Shigeru Ban et Jean de Gastines. De près le bâtiment semble plus grand, et le visiteur est impressionné par la toiture, qui culmine à 77 mètres. Les matériaux employés comme le bois clair, le verre, le métal de couleur blanche, qui n’ont rien d’agressif, donnent envie de flâner autour et dans le bâtiment. A l’intérieur, on y circule facilement et Laurent Le Bon, le maître des lieux et commissaire de l’exposition, exulte : « c’est notre Tate Modern, notre Turbine Hall à nous ». Le dispositif intérieur est un peu construit sur le principe du mikado : au rez-de-chaussée, la grande nef composée de dix-sept salles avec une paroi d’accrochage haute de vingt-deux mètres ; au-dessus trois galeries superposées de quatre-vingts mètres de long, aboutissant des côtés sur d’immenses baies vitrées ouvertes sur la ville. Chacune de ces galeries occupe 1150 mètres carrés, auxquelles on accède soit par deux ascenseurs en verre, soit par un escalier, qui pourrait toutefois se révéler insuffisant en cas de forte affluence.

L’exposition
L’exposition Chefs-d’œuvres ? remplit tout l’espace des cinq mille mètres carrés, réservé aux expositions et couvre tout le champ chronologique ainsi que tous les secteurs de la collection du Musée national d’art moderne. Quatre interrogations articulent l’exposition : comment la notion de chef-d’œuvre a-t-elle évolué dans l’histoire ? Comment une œuvre prend-elle vie, de sa création à sa réception ? Comment a-t-on imaginé des musées pour les accueillir ? Comment le chef-d’œuvre peut-il continuer à exister à l’heure du numérique ?
A toutes ces questions, des réponses par des œuvres d’artistes, parfois des chefs-d’œuvre. Le visiteur est accueilli par La tristesse du roi de Matisse, une toile en papier gouaché de plus de trois mètres de haut, qui ne quitte jamais le musée parisien. Le triptyque, Bleu I, Bleu II et Bleu III de Miro de 1961, incarnant l’accomplissement de sa recherche poétique, a également fait le voyage. On croisera bien sûr plusieurs œuvres de Picasso dont la très expressive Femme à la tête rouge (1906) et une tapisserie de Guernica (1937) où se lit le même cri de colère que dans la toile. Relief gris (1935), Relief blanc (1935), de Robert Delaunay et Portugal (1937) de Sonia Delaunay, des œuvres monumentales s’accordent parfaitement avec l’espace. Des œuvres d’André Derain, de Francis Bacon illustrent la passion d’un collectionneur et le regard du marchand d’art Kahnweiler. Au Moyen-Age, le chef-d’œuvre s’expose sous la forme d’un Psautier (1300), d’un Coffret en ivoire (vers 870), de la première carte imprimée de Lorraine (1513) ou d’une statue, Le Squelette (vers 1500) exécutée par un des plus brillants sculpteurs de la Renaissance, Ligier Richier. Le chef-d’œuvre, synonyme de virtuosités prend la forme d’un lustre monumental produit par la cristallerie de Saint-Louis, consécration d’un savoir-faire artisanal.
Dans la première galerie, le commissaire tente d’éclairer l’histoire du chef-d’œuvre, son processus de création, en présentant Respirare l’ombra de Giuseppe Penone, Precious Liquids de Louise Bourgeois. En poursuivant un étage plus haut, “Rêves de chefs-d’œuvre“ propose de mettre en parallèle les contenants, donc les musées et les contenus, les œuvres. Une histoire des lieux d’exposition d’art moderne et contemporain construits en France depuis 1937 y est présentée, sous forme de maquettes, de dessins et d’entretiens.
Arrivé au niveau de la troisième et dernière galerie, la réflexion se porte sur les notions de copie et de reproduction qu’un grand nombre d’artistes contemporains intègrent à leur démarche artistique, nous incitant à reconsidérer le critère de l’unicité, fondement du chef-d’œuvre. Tout au long du parcours, la pluridisciplinarité est présente, mêlant la peinture, la sculpture, les arts graphiques, de la vidéo, les installations, la photographie, le cinéma, l’architecture et le design. Ces huit cents pièces ne manqueront pas de nourrir une réflexion sur la notion de goût, de collection, de musée, et de jugement esthétique.
En s’installant à Metz, le Centre Pompidou ne manquera pas de dynamiser la ville, appelée à devenir un centre culturel au rayonnement européen. Dès les premiers jours, l’affluence du public a dépassé tous les pronostics, même les plus optimistes. Le catalogue a été épuisé en quelques jours et a fallu le réimprimer. Dans le paysage muséal européen, ce nouveau lieu a tous les ingrédients pour s’imposer. C’est le blockbuster de l’été !

Régine Kopp

www.centrepompidou-metz.fr
Exposition jusqu’au 25 octobre 2010 / Prolongation jusqu’au 17 janvier 2011