Grand Théâtre de Genève
Entretien : Ken Ossola & Tamara Bacci

Pulsion de vie au Grand Théâtre

Article mis en ligne le octobre 2010
dernière modification le 26 août 2011

par Anouk MOLENDIJK

Trois questions au chorégraphe Ken Ossola et à son assistante Tamara Bacci, au sujet du ballet Sed Lux Permanet, que l’on pourra voir au Grand Théâtre de Genève du 5 au 10 octobre.

Comment est né le projet ?
Ken Ossola : J’avais déjà travaillé au Grand Théâtre sur Ombre Fragile. Philippe Cohen m’a proposé de travailler sur le Requiem de Fauré, œuvre qui lui tenait énormément à cœur. Je ne la connaissais pas, et après l’avoir écoutée, j’ai décidé de travailler sur cette musique. Je m’en suis imprégné pendant deux ans afin de l’intégrer à mon système, mon univers gestuel. Avec mon équipe, nous avons commencé dès juin 2010 à faire des recherches, à travailler avec les danseurs. À partir de fin août, nous avons commencé les répétitions, avec quelques nouveaux danseurs. Notre travail est donc toujours en évolution, en perpétuel changement.

Le chorégraphe Ken Ossola
© GTG / Vincent Lepresle

Quel est le lien entre le nom du spectacle, Sed Lux Permanet, le Requiem de Fauré et votre chorégraphie ?
Ken Ossola : C’est un titre qui colle exactement à la musique de Fauré : ce Requiem a sa propre identité, il est plus pour les vivants que pour les morts. Il y a un vrai jeu de lumière et de couleur dans cette musique, à la fois éthérée et emplie d’émotions humaines. Elle parle de nous, êtres vivants, qui cherchons à faire de notre mieux, à trouver la joie, le bonheur et l’amour. Philippe Cohen m’a conseillé de lire un poème de Jean-Pierre Siméon, qui représente tout à fait ce Requiem : on y trouve la notion d’effort physique, d’abstraction d’apesanteur. Il parle de l’acceptation de la vie et de son danger. De même lorsque j’écoute la musique de Fauré, une partie de moi est en paix, j’accepte mieux de vivre et de mourir.

Comment s’est établi le rapport entre la chorégraphie et la musique ?
Ken Ossola : Je recherche toujours un certain équilibre dans l’espace, et entre l’espace et la musique. Mais l’équilibre n’est intéressant qu’à la lumière du déséquilibre. Pendant le « Pie Jesu », qui est chanté par une soprano, c’est un homme qui est au centre de l’attention sur scène. Cela crée un contraste semblable à celui de l’ombre et de la lumière tout en montrant la potentialité féminine de l’homme.

« Sed Lux Permanet »
Photo de pré-générale © GTG / Vincent Lepresle

Tamara Bacci : Ken choisit beaucoup ses danseurs par rapport à l’émotion qu’ils dégagent, en dehors de l’aspect technique. Il crée en fonction des personnalités avec lesquelles il travaille, et ce qu’il fait avec un danseur n’aurait pas forcément été la même chose avec un autre. Il part de sa propre particularité gestuelle, et regarde comment elle peut s’adapter au danseur. C’est donc un travail sur l’instantané, qui permet de développer la personnalité du danseur.
Ken Ossola : Pour ce qui est de la musique, la présence de l’orchestre et des chœurs donnera à la représentation la force de l’instant présent, et son aspect aléatoire. La vitalité que nous explorons sera aussi très présente dans les costumes de Jean-Marc Puissant, qui imitent le corps humain et son intérieur.

Propos recueillis par Anouk Molendijk

Informations et réservation : www.geneveopera.com et 022.418.31.30