La Comédie de Genève
Genève : “Loin de Corpus Christi“

Michael Delaunoy répond aux questions de Scènes Magazine.

Article mis en ligne le novembre 2010
dernière modification le 12 décembre 2011

par Catherine GRAF

Le metteur en scène Michael Delaunoy présente, du 12 au 20 novembre à la Comédie de Genève, sa version de Loin de Corpus Christi, de Christophe Pellet. Entretien.

Vous êtes directeur artistique du théâtre Le Rideau à Bruxelles ; comment s’est fait le choix de la pièce de Christophe Pellet ?
Je l’ai découvert un peu par hasard. C’est un auteur dont les textes circulent énormément, beaucoup le lisent mais ce texte n’avait pas encore été créé. La coproduction avec le théâtre La Place a rendu la chose possible. Et la collaboration avec La Comédie intègre des acteurs suisse-romands, comme Bernard Sens et Anne Vouilloz.

Et qu’est-ce qui vous a intéressé plus particulièrement dans ce texte ?
J’aime le côté charnel de son écriture, qui prend en compte aussi tout l’imaginaire des êtres.
J’ai été touché par ce versant intime, par l’addition de moments très personnels vécus par des individus, qui finit par affluer dans le collectif, dans l’Histoire. Pellet mêle très habilement des éléments du réel, par exemple des extraits du journal de Bertolt Brecht qui est un personnage du début de la pièce. Et les personnages font leur chemin entre des moments historiques connus, principalement le maccarthysme, la chute du Mur de Berlin et l’ouverture des archives de la Stasi.

« Loin de Corpus Christi »
© Alessia Contu

Christophe Pellet est un vrai cinéphile ; quel lien tisse-t-il ici entre théâtre et cinéma ?
Après une déception amoureuse, la première héroïne, Anne Wittgenstein, découvre dans un film ancien la beauté d’un jeune premier aujourd’hui oublié, Richard Hart. Elle n’aura de cesse de tout savoir sur lui. Et cette quête nous fait plonger dans les années noires de la « chasse aux sorcières », pour retrouver celle qui aida Richard Hart, Norma Westmore, le deuxième personnage féminin fort de cette pièce. Norma est elle aussi trahie, par l’un de ses élèves, très beau – le même acteur joue Hart et l’élève – et conclut sur un constat lucide : « Les images, je m’en suis toujours méfiée ; ce sont des images fausses. Ne te laisse pas prendre à leur pouvoir, ne passe pas de leur côté.. ».
Pour la mise en scène, le scénographe a travaillé de concert avec le vidéaste. Il a repris des images existantes qu’il a travaillées. La diffusion de ces images a aussi fait l’objet d’une création : elles sont projetées à partir d’ une sphère pour donner une impression d’illimité.

Comment avez-vous abordé ce passage à travers le temps et l’espace de l’histoire ?
Très simplement ; nous apportons dans un espace unique de petits changements. « Berlin 1989 » n’a peut-être pas besoin de beaucoup d’adjonctions.

« Loin de Corpus Christi »
© Alessia Contu

On a voulu voir une filiation entre le grand dramaturge norvégien Henrik Ibsen et Christophe Pellet ...
Cela me semble pertinent à plusieurs égards ; par le traitement en parallèle de l’intime et du collectif, et surtout par les personnages féminins qui sont forts, - pensons en comparaison à la Nora de Maison de poupée. Les personnages féminins de Pellet ont des projets qu’elles ont à cœur de réaliser, face à des hommes aux contours moins définis. Même Bertolt Brecht fait montre de moindre ambition.

La beauté, espoir de bonheur et piège dont nous ressortons frustrés dans nos attentes...
Anne Wittgenstein : « Comme elle m’a fait du bien la beauté ! Toute ma vie aura été éclairée par elle » et aussi « La beauté, est-ce la réalité ? ... Alors je me serais trompée, toute ma vie ! »
La personne qui aime est toujours fragilisée par rapport à celle qui est aimée... Et nous vivons aujourd’hui une certaine confusion des genres avec laquelle chacun se débat comme il peut.
Le champ des possibles désarçonne chacun de nous.

Alors, «  Tant de liberté, pour si peu de bonheur » comme l’écrivait Michel Berger ?
Oui, peut-être. Mais Pellet nous offre des pièces avec de vrais personnages, loin de la destructuration d’un certain théâtre trash.

Précisons encore que la pièce de Christophe Pellet n’a absolument rien de commun avec la fameuse série télévisée qui avait vu se confronter, il y a un peu plus d’une dizaine d’années, vingt sept des plus grands chercheurs du monde biblique autour du texte. C’est ici une ville du Texas.

Catherine Graf

« Loin de Corpus Christi », La Comédie Genève, du 12 au 20 novembre, brunch le dimanche 14 novembre avec l’auteur, le metteur en scène et toute l’équipe du spectacle (rés. 022/350.50.01)