Galerie TH13
Berne : “Michel Bleu Ciel“

La Galerie TH13 propose « Michel Bleu Ciel », une exposition inspirée par le Tibet.

Article mis en ligne le décembre 2010
dernière modification le 23 janvier 2011

par Régine KOPP

Ni paysages, ni portraits, la nouvelle exposition de la galerie TH13 se réfère cependant bien à la réalité mais une réalité dont les images ne se décryptent pas comme celles d’un catalogue de photographies reproduisant ce que nous voyons.

Geoffrey Cottenceau et Romain Rousset, qui se sont rencontrés en 1997 à l’école cantonale d’art de Lausanne, nous transportent dans le domaine du symbolique. Il suffit de voir leur représentation du Mont Cervin, composé d’un amas de matelas, couette, chaises et autres objets, pour comprendre la démarche artistique des deux artistes. Mais ce goût du détournement et du bricolage qu’ils partagent , imaginant avec une bonne dose de ludisme une autre réalité, n’a rien de gratuit : à l’image bricolée se superpose l’image symbolique d’un lieu mythique.

Support
Serions-nous donc plus prompts à laisser la représentation remplacer la réalité, s’interroge le duo artistique, pour qui cette nouvelle exposition réalisée spécialement pour l’espace de la galerie TH 13 n’est qu’ « un début d’une forme rituelle, un support de méditation ». Un extrait du livre de Jérôme Edou, Machik Labdrön femme et dakini du Tibet (Editions du Seuil, 2003), fourni au visiteur à l’entrée de l’exposition, sert de fil conducteur. Car le travail que les deux artistes montrent à Berne se réfère directement au Tibet et plus précisément à leur initiation au bouddhisme. Une philosophie qui propose à l’homme « de reconnaître ses pensées et ses émotions, afin d’éliminer toutes les émotions négatives pour ne favoriser que celles qui sont positives comme l’altruisme ou celle qui consiste à dompter son esprit.
Convaincus que nous sommes submergés par les images et qu’une représentation en remplace une autre à un rythme de plus en plus soutenu, les artistes nous invitent à une déconstruction de la réalité. En témoignent plusieurs photos aux titres souvent insolites comme Le père et la chaise, Alain de loin, Chopa. « Il est bon qu’émergent des images d’une qualité différente, capables de nous interroger et de nous surprendre et de nous confronter au quotidien dans un registre totalement différent », souligne Paul Cottin, le commissaire de l’exposition, qui leur a laissé carte blanche dans cette quête.
Il en résulte des photos à la fois qui intriguent et qui bouleversent comme Le ciel de cidre, où dans l’immensité de l’océan flotte un corps dont on ne sait pas s’il est mort ou vivant ou celle du Dompteur, où l’on reconnaît un des photographes, les yeux bandés, à califourchon sur un gros ballon bleu, évoquant un éléphant. On n’aura pas de mal non plus à reconnaître des objets rituels « bricolés » comme cette coupelle, intitulée Kapala ou Torma, une sculpture en forme de pyramide.

Un travail en somme à comprendre comme une nouvelle fenêtre ouverte sur leur monde à eux, qui est aussi notre monde.

Régine Kopp

« Michel Bleu Ciel » par Geoffrey Cottenceau et Romain Rousset. Jusqu’au 14 janvier à la galerie TH 13