Opéra d’Avignon
Avignon : “Cosi fan tutte“

Une production très réussie !

Article mis en ligne le décembre 2010
dernière modification le 16 décembre 2011

par Anouk MOLENDIJK

Les 12 et 14 novembre, l’Opéra d’Avignon proposait la reprise de la très belle mise en scène de Philippe Sireuil de Così fan tutte de Mozart, ici réalisée par Christophe Gayral. Autres atouts de la programmation : Dominique Trottein à la direction et la jeune soprano française montante, Nathalie Manfrino, en Fiordiligi.

Philippe Sireuil, dans sa note d’intention à la mise en scène, corrige le titre du célèbre opéra de Mozart, Così fan tutte, en « Così fan tutti ». Pas de lecture misogyne en effet, et une approche fine des rapports humains. Au-delà du faux classicisme des décors et costumes, on trouve sur scène des jeunes gens pris au piège du jeu, tels de vrais adolescents, avec leur impulsivité et leurs extravagances. Ce jeu n’est d’ailleurs pas le leur, il est celui de Don Alfonso, grimé en personnage XVIIIème ridicule - alors que les couples arrivent sur scène en tenue de bain, avant de rentrer dans le jeu en se costumant avec les habits d’époque. C’est une intrigue de théâtre et de travestissement qui a lieu sous nos yeux, comme l’attestent le bateau en carton, le déguisement de Ferrando et Guglielmo en princes du désert à paillettes, et autres extravagances.

« Così fan tutti »
© Cedric Delestrade-ACM-Studio

L’esthétique est souvent kitsch et surfaite, comme le veut le propos de la mise en scène, et amuse souvent. Cette distance n’empêche pas un très remarquable travail d’acteur, ici réalisé par Christophe Gayral, à partir de celui de Philippe Sireuil à l’Opéra Royal de Wallonie en 2002. On rit souvent, mais la distance sait aussi s’effacer au profit de l’émotion. L’ambivalence des sentiments est toujours souligné.
Pour séduire Fiordiligi, le Ferrando albanais se déguisera en Guglielmo, ce qui ouvre une interprétation riche de la psychologie du personnage. La séduction de Dorabella par Guglielmo semble suivre une stratégie militaire et ne laisse pas entrevoir le désir. La fin de l’ouvrage, qui montre les personnages errants sur scène les yeux bandés, à la recherche de leurs compagnons, est assez amère. Un vrai travail sur le mot a été réalisé, autant théâtralement que musicalement. Les récitatifs de Mozart, écueils pour de nombreux chanteurs, ont ici une fraîcheur incomparable. De grands silences sont laissés pour témoigner du malaise des personnages, et on a même l’impression d’improvisation de la parole.

« Così fan tutti »
© Cedric Delestrade-ACM-Studio

Cela est aussi contribué par la précision, la drôlerie et la juste illustration du continuo d’Hélène Blanic, qui fournit un support hors pair pour les chanteurs. On sent la direction de Dominique Trottein parfaitement en accord avec la mise en scène. Seul petit bémol, quelques décalages entre les chanteurs, les chœurs et l’orchestre, ce qui s’explique par la grande mobilité des chanteurs sur scène. On sent tous les chanteurs impliqués dans leur jeu et leur chant, avec un bel esprit d’amusement.
La Despina de Blandine Staskiewicz est d’une drôlerie et d’une vivacité incomparable, et le Don Alfonso de Nicolas Courjal est un libertin ironique et excentrique. On saluera le timbre chaud du Guglielmo d’Armando Noguera, et la fougue de Florian Laconi en Ferrando. Vocalement, ce dernier compense certains défauts de ligne par son expressivité, mais on le sent un peu mis à mal par son deuxième air. La Dorabella de Patricia Fernandez est une belle réussite. La mezzo-soprano avait déjà chanté dans cette production à de nombreuses reprises, et on sent une assurance et une liberté dans sa composition. Son timbre corsé est un de ses atouts, même si on regrette parfois plus de tranchant dans la voix, notamment dans son « Smanie Implacabili ».

« Così fan tutti »
© Cedric Delestrade-ACM-Studio

Pour finir, la Fiordiligi de Nathalie Manfrino est très touchante, et témoigne d’une belle sensibilité d’artiste. Le timbre de la soprano est beau, et les intentions musicales toujours justes. On remarque cependant des faiblesses dans le grave, souvent sollicité dans cette tessiture difficile, et on peut se demander si la chanteuse ne grossit pas un peu sa voix lors des passages plus lyriques, le vibrato devenant plus large et de l’air entrant dans la voix.
Au final, une production très réussie, où l’on sent un bel engagement de toute l’équipe, au service du texte et de Mozart.

Anouk Molendijk

Représentation du 14 novembre. « Così fan tutte », Wolfgang-Amadeus Mozart, dirigé par Dominique Trottein, mise en scène de Philippe Sireuil réalisée par Christophe Gayral (production Opéra Royal de Wallonie), Orchestre lyrique de region Avignon Provence, Chœur de l’Opera Théâtre d’Avignon et des pays du Vaucluse. Avec Nathalie Manfrino, Patricia Fernandez, Blandine Staskiewicz, Florian Laconi, Armando Noguera, Nicolas Courjal. Les 12 et 14 novembre.